Rencontres

Massimo Cavalletti

© DARIO ACOSTA

Le 24 janvier, le baryton italien, tout juste sorti de son premier Gianni Schicchi au Nationale Opera d’Amsterdam, fait ses débuts à l’Opéra de Paris en Figaro, dans la reprise de la production à succès d’Il barbiere di Siviglia, signée Damiano Michieletto.

Venez-vous d’un milieu musical ?

Pas du tout ! Mon premier contact avec la musique a été à l’église, dans un chœur d’enfants. Rapidement, je me suis pris de passion pour Beethoven, Mozart ou Brahms, au point que ma mère s’inquiétait de me voir aussi en décalage avec les garçons de mon âge… J’ai demandé à faire du piano, ce qui m’a été accordé, car mon rêve était de devenir chef d’orchestre.

Pas chanteur ?

Non, car je n’imaginais même pas que l’on puisse être chanteur par profession ! Ma passion de l’époque était uniquement la musique symphonique, et mon seul contact avec la voix était le final de la Symphonie n° 9 de Beethoven : un vinyle Deutsche Grammophon que j’écoutais tout le temps, où Claudio Abbado dirigeait les Wiener Philharmoniker, avec Gabriela Benackova, Marjana Lipovsek, Gösta Winbergh et Hermann Prey. Vous imaginez mon émotion quand, des années plus tard, j’ai chanté au Festival de Salzbourg avec cet orchestre ! C’était à l’été 2012, en Marcello de La Bohème, sous la baguette de Daniele Gatti et dans une nouvelle production de Damiano Michieletto, sortie en DVD sous le même label. J’avais 18-19 ans, lorsqu’un prêtre m’a conseillé de travailler ma voix, et je me suis inscrit au Conservatoire de Lucques, ma ville natale. Par jeu, avant tout, car je suivais alors des études d’électronique et pensais en faire mon métier. Parallèlement, j’ai commencé à aller voir des opéras et à en écouter en CD. Le déclic est arrivé avec Rigoletto, aux Arènes de Vérone. Émerveillé, j’ai envoyé une carte à mes parents, en leur expliquant que c’était cela que je voulais faire, mais que je ne parviendrais jamais au niveau des chanteurs principaux de la distribution : Elena Mosuc et Leo Nucci. J’étais loin d’imaginer qu’un jour, je partagerais l’affiche avec eux !

Leo Nucci a également été votre professeur…

Pas exactement. Il intervenait à l’Accademia Teatro alla Scala, que j’ai eu l’immense chance d’intégrer. Leyla Gencer la dirigeait à l’époque ; elle m’a notamment appris l’importance des mots, l’art de les colorer au gré des émotions. Elle m’a ouvert les portes d’un nouveau monde, m’incitant à étudier sans relâche, à me documenter sur les compositeurs, le contexte historique, les personnages… La partie purement vocale était du ressort de Luciana Serra, référence absolue en la matière, devenue ensuite une amie. Elle m’a enseigné une technique belcantiste pouvant s’appliquer à tout le répertoire, du baroque à Verdi. De très grands  chanteurs venaient parallèlement animer des master classes, comme Christa Ludwig, Luigi Alva, Leo Nucci, Renato Bruson, ainsi que des metteurs en scène, tel Graham Vick. Autant d’occasions d’apprendre, de l’intérieur, tous les aspects du métier – j’ai ainsi eu le privilège de travailler Figaro dans Il barbiere di Siviglia avec Luigi Alva, qui me donnait la réplique en Almaviva !

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 135