Rencontres

Kaija Saariaho

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Douze ans après Adriana Mater à la Bastille, la compositrice finlandaise sera à l’affiche du Palais Garnier, le 23 janvier, avec Only the Sound Remains, son quatrième opéra, co-commandé par l’ONP et créé à Amsterdam, le 15 mars 2016, avec déjà Philippe Jaroussky.

L’écriture pour le théâtre lyrique semble occuper une place singulière dans votre œuvre. En quoi stimule-elle votre imagination musicale ?

J’ai été, au début de mon travail, heureuse de composer une musique abstraite, ne contenant pas d’éléments scéniques, même si une de mes premières pièces, Study for Life, est écrite pour soprano avec électronique et lumières. Puis, au tournant des années  1980-1990, la découverte de la mise en scène de Don Giovanni et Saint François d’Assise par Peter Sellars, ainsi que, par exemple, celle de Wozzeck par Patrice Chéreau, a définitivement modifié mon point de vue sur l’art lyrique. Composer est une tâche exigeante et solitaire, qui répond à une nécessité intérieure. L’opéra permet de sortir de cet isolement nécessaire à l’écriture, car il offre un lieu exceptionnel de rencontres, où les arts de la scène peuvent venir renforcer et approfondir la musique. Quand la collaboration entre ces diverses disciplines est réussie, l’opéra devient une expérience puissante, profonde et toujours actuelle, parlant à tous les sens et nous interrogeant comme aucune autre forme artistique. La création de personnages musicaux permet l’identification à travers une histoire et, de ce fait, instaure une intimité du public avec la musique. Imaginer une œuvre scénique suppose de s’ouvrir aux autres et au monde, et de proposer une interprétation sensible de cette réalité qui nous entoure.

Comment pourriez-vous caractériser l’étape que représente Only the Sound Remains sur le cheminement de votre œuvre lyrique ?

L’expérience acquise avec mes précédents opéras ne me rend pas l’écriture plus aisée, car je ne veux pas me répéter d’un ouvrage à l’autre. Pour chaque œuvre, je dois élaborer des idées fraîches, en prenant le risque de concevoir autrement textures instrumentales et vocales. Dans l’opéra, je suis intéressée par les nuances, par ces frontières étroites et poreuses qui séparent les sentiments les uns des autres, pour trouver le caractère différencié d’un individu, d’une situation. Chaque partition doit me permettre d’avancer, d’approfondir la poursuite de mon exploration des possibilités de la forme opératique, de découvrir de nouveaux territoires.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 135