Rencontres

Eva Kleinitz

© MARTIN SIGMUND

Nommée le 31 mars 2016, Eva Kleinitz a pris officiellement ses fonctions le 1er septembre dernier. Après Kein Licht de Philippe Manoury, en ouverture de saison, elle propose, à partir du 20 octobre, une nouvelle production des Nozze di Figaro, signée Ludovic Lagarde.

Comment avez-vous été amenée à devenir directrice générale de l’Opéra National du Rhin (ONR) ?

J’ai une longue histoire avec Strasbourg ! C’est la première ville française que j’ai visitée avec mes parents, à l’âge de 8 ans, et je l’avais trouvée très sympathique. Je suis toujours restée en contact avec la France, y compris professionnellement.

Il est évident que vous avez des liens culturels et affectifs avec notre pays, et plus particulièrement avec l’Alsace…

Ils sont importants, c’est vrai ; je ne sais pas si j’aurais posé ma candidature à Avignon ou à Marseille. Strasbourg est voisine de l’Allemagne, mais entretient aussi des connexions avec la Suisse, ce qui constitue un intérêt supplémentaire.

Aviez-vous déjà travaillé dans cette maison ?

J’avais été l’assistante de Philippe Arlaud quand il avait monté La Cenerentola, et j’avais trouvé qu’il régnait ici un esprit particulier. Plus tard, mon parcours professionnel m’a amenée à connaître Marc Clémeur, mon prédécesseur, mais aussi à rencontrer Marko Letonja, qui est actuellement le directeur musical et artistique de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg. Je n’ai donc pas hésité lorsque Marc a annoncé son départ, et qu’on m’a suggéré de me présenter pour ce poste.

Les femmes ne sont pas légion dans votre métier…

Je suis effectivement la quatrième en France, avec Caroline Sonrier à Lille, Valérie Chevalier à Montpellier et Diane Polya-Zeitline à Vichy. Les choses commencent à changer. Les femmes chefs d’orchestre ne sont pas encore nombreuses, mais il y en a. Je suis très sensible à cette évolution ; j’ai d’ailleurs engagé deux femmes chefs, cette saison : Ariane Matiakh, qui dirigera Werther dans une production venue de Zurich, signée par Tatjana Gürbaca, qu’on ne connaît pas encore en France ; et Alexandra Cravero, qui participera à certaines opérations destinées au jeune public. Quant à Nicola Raab, elle débutera à l’ONR en mettant en scène Francesca da Rimini de Zandonai.

Vous avez travaillé en Autriche, en Belgique et en Allemagne, ce qui vous donne une identité européenne très forte. Quelles étaient vos fonctions ?

À la Monnaie de Bruxelles, j’étais l’adjointe artistique de Peter de Caluwe, le directeur général ; je m’occupais des plannings et des castings, je choisissais les chanteurs avec lui. À l’Opéra de Stuttgart, j’occupais les mêmes fonctions ; c’est un théâtre de répertoire, dans lequel beaucoup d’événements ont lieu en une saison. J’avais également la charge de tenir les budgets, y compris pour les tournées, d’établir les contrats, d’organiser les productions. Un orchestre de 135 musiciens, une troupe de chanteurs de 35 personnes, sans compter, bien sûr, les artistes invités, et 75 choristes… Vous imaginez la lourdeur de l’entreprise !

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