Rencontres

Jean-François Sivadier

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Depuis 1949, et le légendaire spectacle de Cassandre, Don Giovanni a connu de nombreuses mises en scène au Festival d’Aix. La nouvelle porte la griffe de celui qui, en 2011, avait réinterprété La traviata dans le même théâtre. À découvrir à partir du 6 juillet.

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans la figure de Don Giovanni ?

La radicalité du geste, car Don Giovanni ne donne aucune explication à ce qu’il est. Il va au bout de son désir jusqu’à la mort, dans la poursuite d’une sorte de rêve d’absolu. Il y a très peu de moments où il est vraiment cynique ; quand il détruit, il ne parle jamais de destruction, mais d’amour et de désir. Donna Elvira n’a certainement jamais été humiliée de cette manière par aucun homme ; elle n’a également jamais été aimée ainsi. Tout ce que dit ou chante ce drogué du désir fascine, y compris ses victimes. Il y a chez lui une ivresse de l’instant où il s’épuise pour se sentir vivant, comme un artiste.

Vous mettez en scène Don Giovanni, quelques mois après avoir monté, à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, le Dom  Juan de Molière. Comment passe-t-on du texte de théâtre à l’opéra ?

Je m’efforce de penser à chacun de ces artistes. Molière a écrit la pièce très vite, en réaction à la censure de Tartuffe, tandis que Mozart ne s’est pas attaqué de manière aussi frontale au pouvoir, s’intéressant avant tout à l’humain. Les deux œuvres sont différentes, mais elles partagent un ton épique, très shakespearien, où l’on passe sans cesse du rire à l’effroi. En montant Don Giovanni, je garde le souvenir de Dom Juan, tout en étant emmené ailleurs. Molière était comédien. Mozart et Da Ponte, eux, répondent aux exigences de la musique, même s’il s’agit aussi de théâtre. C’est finalement comme un rêve que l’on poursuit sur un même thème.

En quoi la musique appelle-t-elle le jeu sur le plateau ?

Mozart écrit à la manière d’un comédien, capable d’interpréter tous les rôles. Il respecte la respiration du chanteur, dans le jeu comme dans la musique, d’une pureté absolue. Cette simplicité produit un état d’émerveillement qui ramène à l’enfance. Don Giovanni, lui-même, n’a rien d’un monstre sur le plan musical, ses arie sont pleines de clarté et d’élégance.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 130