Rencontres

Stefano Mazzonis di Pralafera

© OPÉRA ROYAL DE WALLONIE/LORRAINE WAUTERS

En conclusion de la saison 2016-2017, le directeur général et artistique de la maison reprend sa propre mise en scène d’Otello, l’avant-dernier opéra de Verdi, à partir du 16 juin. Un cadeau d’adieu au chef d’orchestre Paolo Arrivabeni, qui quitte ses fonctions de directeur musical.

Vous avez souhaité reprendre votre production d’Otello, en cette fin de saison 2016-2017…

Quand nous avons monté ce spectacle la première fois, au printemps 2011, c’était sous le chapiteau du « Palais Opéra », pendant les travaux de rénovation du Théâtre Royal. Nous avons dû renoncer au DVD prévu, ce que j’ai toujours regretté. Avec Paolo Arrivabeni, le directeur musical qui, hélas, nous quitte en cette fin de saison, nous avons décidé de reprendre la production dans les meilleures conditions possibles. Cette fois, elle sera filmée.

Cet Otello aurait dû être aussi votre spectacle d’adieu…

J’aurais dû partir, en effet, mais le conseil d’administration m’a demandé d’effectuer un troisième mandat de cinq ans et j’ai accepté. Je continuerai avec les mêmes objectifs : veiller au respect de la musique d’abord, et proposer des mises en scène pour que le public comprenne de quoi il est question. Car il vient à l’opéra pour rêver, il n’a pas envie de retrouver ces images de guerre, de terrorisme, de violence qu’il voit partout ailleurs !

Comment cet Otello est-il conçu ?

Au début, un rideau d’eau tombe sur la scène pendant la tempête. Puis l’action se déroule dans un décor unique, qui se modifie tout le temps. J’ai exalté le monde de Iago qui, je vous le rappelle, devait donner son nom à l’ouvrage, Verdi ayant finalement accepté d’intituler sa partition Otello sur l’insistance de son éditeur Ricordi. Dans l’opéra comme chez Shakespeare, Iago a davantage de répliques qu’Otello ; c’est presque le metteur en scène de la pièce ! Il dit par exemple, à mi-chemin de la réplique et de la didascalie : « Faisons venir Otello… » J’ai aussi quelque peu modifié le dénouement. J’avoue avoir emprunté cette idée à Laurence Olivier : il est impossible que Desdemona, une fois étranglée, continue de parler ou de chanter ; il vaut donc mieux qu’elle soit poignardée par Otello.

Comment envisagez-vous les personnages, sur le plan scénique ?

Comme Verdi le disait lui-même, Iago ne doit pas être habillé en noir comme un « méchant » de mélodrame, car vous devez pouvoir lui confier votre femme ou votre portefeuille en toute confiance. Quant à Otello, je m’oppose à une fausse tradition, à laquelle même Laurence Olivier, et même Kenneth Branagh ont cédé : je n’en fais pas un noir mais seulement un basané, comme le prévoyait Verdi. Il faut rappeler que la pièce, donc l’opéra, s’appuie sur une histoire vraie. Le personnage de la chronique qui a inspiré Shakespeare s’appelait Moro, un nom typiquement vénitien, qui certes veut dire noir, mais que Shakespeare décrit comme un Maure. Otello s’appelait Otello Moro, c’était un mercenaire au service de la république de Venise.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 129