Événement

Hervé Niquet

© ÉRIC MANAS

Depuis combien de décennies n’avait-on plus représenté La Reine de Chypre d’Halévy et Le Timbre d’argent de Saint-Saëns ? Progressivement tombé dans l’oubli, tout un pan du répertoire français du XIXe siècle refait surface, en grande partie grâce aux efforts du Palazzetto Bru Zane. Opéra Magazine donne la parole à Hervé Niquet et François-Xavier Roth, les deux chefs convoqués pour cette double résurrection.

Était-ce une évidence, pour vous, de diriger un jour un « grand opéra » à la française comme La Reine de Chypre ?

Cela n’a rien d’étonnant ; La Reine de Chypre fait partie du répertoire français, et le répertoire français dans son ensemble, c’est le mien. Je suis né, en quelque sorte, une deuxième fois à l’Opéra de Paris, lorsque j’y suis entré comme chef de chant, en 1980. Le Théâtre National de l’Opéra, à l’époque, incluait aussi la Salle Favart. C’était ma maison, cette musique est toujours la mienne. Je ne sais faire que ça et je m’y sens bien.

Quel est le fil conducteur qui vous guide dans ce répertoire ?

Lully ! En ce qui concerne la prosodie, il a tout inventé. Lorsque j’ai enregistré les cantates écrites par Debussy pour l’épreuve obligatoire du prix de Rome, je me suis aperçu que le futur auteur de Pelléas et Mélisande avait effectué exactement le même travail.

Qu’avez-vous pensé, en ouvrant la partition de La Reine de Chypre pour la première fois ?

Qu’elle était énorme ! Deux gros cahiers ! Mais j’aime ces ouvrages, ne serait-ce que parce qu’ils comportent tous un ballet et que, pour cette raison, toutes les forces de la maison sont convoquées : l’orchestre, les chœurs, les solistes, les danseurs. Ces « grands opéras » sont représentatifs de la sociologie d’un établissement se consacrant à l’art lyrique. Monter La Reine de Chypre est un énorme boulot, qui fait beaucoup de bruit… mais quel beau bruit !

Quels effectifs instrumentaux Halévy requiert-il ?

Pour la création, en 1841, l’Opéra de Paris disposait d’un orchestre gigantesque. Nous n’avons pas repris les effectifs exacts, mais nous aurons quand même, dans la fosse, une grande formation, avec tous ses cuivres. Pour la première fois, je dirigerai l’Orchestre de Chambre de Paris. Un événement pour moi puisque, à ses origines, on trouve l’Ensemble Instrumental de France, créé par Jean-Pierre Wallez, en 1978, avec lequel j’avais chanté à Albi des pages sacrées de Mozart, en tant que choriste ! Les rencontrer, si longtemps après, est très émouvant.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 129