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Claus Peter Flor

© PETER RIGAUD

Autre événement du mois : la nouvelle production du Prophète, au Capitole de Toulouse, le 23 juin. C’est au chef Claus Peter Flor que revient le soin de nous expliquer ce que ce titre emblématique du « grand opéra » représente pour lui.

Le Prophète vous ramène au Théâtre du Capitole, maison à laquelle vous demeurez fidèle…

J’y ai été invité par Nicolas Joel, en 2000, pour une production de Die Zauberflöte qui a eu beaucoup de succès. D’abord étiqueté « mozartien », j’ai repris l’ouvrage deux fois, ainsi que Cosi fan tutte et Le nozze di Figaro. Quand j’ai dirigé Madama Butterfly, on a semblé s’apercevoir soudain qu’on pouvait me confier autre chose ! J’ai donc été sollicité pour Hänsel und Gretel, Tristan und Isolde et Faust. C’est un théâtre où je reviens toujours avec beaucoup de plaisir. Les conditions de travail sont excellentes, le Chœur et l’Orchestre National du Capitole sont d’un très haut niveau, et le public toulousain est extrêmement chaleureux. On me reverra donc, la saison prochaine, pour Tiefland et Die Walküre, et j’espère que la collaboration se poursuivra avec le nouveau directeur artistique de la maison, Christophe Ghristi.

Avant cette nouvelle production du Prophète, aviez-vous déjà dirigé du Meyerbeer, voire du « grand opéra » ?

Faust, même s’il n’est pas exactement un « grand opéra », s’en rapproche par certains aspects. Quant à Meyerbeer, j’ai seulement abordé, pendant mes années d’études à Leipzig, Les Huguenots. J’aime beaucoup cette musique et je suis ravi que me soit donnée l’occasion de m’attaquer à une œuvre aussi complexe que Le Prophète.

On se demande souvent si la musique de Meyerbeer est allemande, italienne ou française…

La question est assez vaine. Ce qui me frappe, surtout, c’est à quel point Meyerbeer est un fils du classicisme, un héritier de Mozart et Hummel. Certains passages orchestraux exigent une transparence véritablement mozartienne, notamment dans l’utilisation des vents. Il est frappant, également, de constater à quel point le compositeur est avide d’expériences nouvelles dans l’instrumentation. S’il a beaucoup pris chez Weber, il sera, à son tour, une puissante source d’inspiration pour ses cadets : l’usage de la clarinette basse, par exemple, impressionnera et influencera Wagner. Dans Le Prophète, la richesse, la finesse et l’invention de l’orchestration sont exceptionnelles. Je citerai l’emploi, à la fois subtil et circonscrit à des moments précis, du cor anglais, d’une harmonie de violons en sourdine, ou encore d’une fanfare de saxhorns. Meyerbeer avait même, un moment, pensé faire appel au saxophone, tout récemment inventé, mais, en 1849, l’instrument n’était pas assez fiable. On retrouve ce goût pour l’innovation dans la partie visuelle. C’est dans Le Prophète que l’éclairage à l’électricité a été, pour la première fois, utilisé en scène, pour figurer le lever de soleil de l’acte III. Et n’oublions pas l’idée de génie, pour le fameux « Ballet des patineurs », d’utiliser des patins à roulettes, même si Berlioz s’est plaint que leur bruit couvrait la musique ! Excellent homme d’affaires, Meyerbeer a aussi inventé la causerie musicale d’avant spectacle, pour présenter l’œuvre…

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 129