Entretien

Laurence Equilbey

© JULIEN BENHAMOU

Les 22 et 23 avril, la chef d’orchestre et de chœur inaugure l’Auditorium de La Seine Musicale, nouveau phare culturel de l’agglomération parisienne, situé à la pointe aval de l’île Seguin, au sud-ouest de la capitale. Insula Orchestra, l’ensemble sur instruments anciens qu’elle a fondé en 2012, y sera en résidence, avec pour mission d’assurer un certain nombre de manifestations à l’année, en invitant également d’autres formations et en accordant une large place aux activités éducatives. Mis en scène par Olivier Fredj, le concert d’ouverture réunira cinq artistes français parmi les plus en vue du moment : Sandrine Piau, Anaïk Morel, Stanislas de Barbeyrac, Florian Sempey et le pianiste Bertrand Chamayou. Suivra, les 11 et 12 mai, une proposition passionnante : Die Schöpfung (La Création) de Haydn, mise en scène par Carlus Padrissa et les équipes de La Fura dels Baus. Une actualité chargée, donc, pour Laurence Equilbey, d’autant que paraît, au même moment, son premier CD chez Erato/Warner Classics, réunissant la Messe du Couronnement et les Vêpres solennelles d’un confesseur de Mozart.

Comment l’aventure de La Seine Musicale est-elle née et comment Insula Orchestra s’est-il intégré à ce projet ?

Le Conseil départemental des Hauts-de-Seine et son président, Patrick Devedjian, souhaitaient depuis longtemps qu’un nouvel édifice dédié à la musique soit bâti sur l’île Seguin, fief historique des usines Renault jusqu’en 1992. Cette idée a donc pris forme, via un partenariat public-privé. J’ai eu plusieurs réunions avec les responsables du Département depuis 2012 et une relation de confiance s’est installée. Nous avons proposé un projet cinq ans en amont, le temps qu’Insula Orchestra installe sa réputation, d’autant plus que nous n’étions pas là uniquement pour proposer des concerts, nous avions également des programmes éducatifs importants. Il fallait un délai suffisant pour que la construction des lieux soit achevée, et que notre ensemble aille chercher son blason, notamment grâce au soutien de la Philharmonie de Paris et du Grand Théâtre de Provence, tout comme celui de France Télévisions et de France Musique, mais aussi grâce à nos concerts en France et à l’étranger.

La réputation d’Insula Orchestra est-elle installée aujourd’hui ?

Oui, je peux le dire et j’en suis heureuse. J’ai fondé Insula Orchestra en 2012, et aujourd’hui, nous avons la satisfaction d’être une formation reconnue. J’ai voulu créer cette phalange qui joue sur instruments anciens, parce que j’aime la sonorité de ces instruments, sans doute en raison de mon éducation musicale « viennoise », et pour défendre, au sein de ma programmation, des valeurs qui sont les miennes et en lesquelles je crois.

Que signifie, pour un orchestre, être en résidence dans un lieu particulier ?

C’est une opportunité formidable, non seulement pour qu’il puisse se produire, mais aussi pour qu’il ait la possibilité d’inviter d’autres formations ; c’est un équilibre idéal pour les artistes, qui ont rarement l’habitude d’avoir une maison pour eux. Cette résidence nous permet aussi d’effectuer un travail particulier avec le public, ce qui, pour nous, est essentiel.

Cela implique-t-il des obligations de part et d’autre ?

Être en résidence, c’est bien sûr dépendre de son partenaire public, le Conseil départemental des Hauts-de-Seine, et harmoniser ses projets avec le privé, ce dernier étant représenté par Bouygues, TF1 et Sodexo – cette partie de la programmation est dirigée par Jean-Luc Choplin. Deux institutions sont en résidence à La Seine Musicale : Insula Orchestra et la Maîtrise des Hauts-de-Seine. En ce qui nous concerne, nous avons signé avec le Département une convention pour donner nous-mêmes un certain nombre de concerts, mais aussi pour inviter d’autres phalanges, en tout une quarantaine de manifestations par saison dans -l’Auditorium, salle de 1 150 places, qui a l’avantage de posséder aussi une fosse d’orchestre.

Pourriez-vous y donner des opéras ?

Le lieu n’a pas les possibilités techniques d’un théâtre lyrique, mais il permet d’explorer des formes scéniques nouvelles. Monter un opéra exige des moyens financiers importants. De surcroît, les temps de répétitions sont longs. Cela dit, nous participerons à des coproductions, seul moyen aujourd’hui de se lancer dans des entreprises coûteuses. Pour vous citer un exemple, Die Schöpfung (La Création) de Haydn, que nous proposerons en mai, est coproduite avec le Ludwigsburger Schlossfestspiele et l’Elbphilharmonie de Hambourg, où nous la reprendrons, respectivement les 1er et 2 juin, et 5 et 6 juin.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 127