Rencontres

Luca Francesconi

© ROBERTO MASOTTI

Le 16 mars, le compositeur italien propose son nouvel opus lyrique, commande de l’Opéra National de Paris. Le livret de Trompe-la-Mort, en langue française, se concentre sur l’un des personnages les plus emblématiques de l’univers d’Honoré de Balzac.

Vous revenez régulièrement vers la forme « opéra » comme vers une source régénératrice de votre inspiration. Comment ce goût pour le théâtre musical et l’intérêt pour l’écriture destinée à la scène sont-ils nés ?

J’ai été l’assistant de Luciano Berio à l’occasion de la création, en mars 1982, de son opéra La vera storia, à la Scala de Milan. Cette expérience a été une initiation au monde lyrique, qui a orienté mon travail. Toute situation dramatique contient un potentiel novateur pour transformer la matière sonore en signification. Ce pouvoir de créer du sens est particulièrement à l’œuvre dans le théâtre lyrique, où il trouve sa fonction dans le rapport aux autres, au public. La démarche artisanale du compositeur permet d’atteindre la vérité d’un langage puissant, pour raconter une histoire approfondie du monde, en s’adressant à l’esprit, au-delà de la jouissance purement sensorielle du son.

Trompe-la-Mort est tiré de La Comédie humaine de Balzac. Pourquoi avez-vous centré votre opéra sur Vautrin, personnage satanique décrit par l’écrivain comme « l’incarnation du crime » ?

Lorsque Stéphane Lissner m’a commandé un opéra dont l’intrigue serait empruntée à la littérature française, Vautrin, surnommé « Trompe-la-Mort » par ses amis du bagne, s’est imposé. De son vrai nom Jacques Collin, mais également connu sous d’autres pseudonymes, comme Carlos Herrera ou William Barker, il est la figure la plus puissante de La Comédie humaine. Balzac, en témoin lucide, présente un miroir de la société de son temps, en crise d’individualisme ; il est à la fois historien et critique d’un monde en marche, où règnent le désarroi des esprits et le -désordre des mœurs. Sans Dieu, sans roi, cette époque en décomposition, après les affres de la Révolution et les tourments de la Terreur, a perdu ses repères et ses valeurs.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 126