In Memoriam

Georges Prêtre

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Le 4 janvier 2017, à Navès, dans le Tarn, où il résidait dans son château de Vaudricourt, le chef français le plus international de sa génération, fidèle partenaire des dernières années de carrière de Maria Callas, a définitivement posé sa baguette. À 92 ans, il avait encore des projets, notamment à la Scala de Milan, où il devait diriger trois concerts, entre le 13 et le 17 mars.

Attiré par la musique dès sa plus tendre enfance, Georges Prêtre, originaire du Nord, s’essaie, à Douai, au piano puis à la trompette, instrument qui lui vaut un Premier prix au Conservatoire de Paris, en 1944. Il travaille l’harmonie avec Maurice Duruflé, mais opte finalement pour la direction d’orchestre. André Cluytens sera son maître, Pierre Dervaux et Richard Blareau lui prodiguant également leurs conseils.

Chef d’opéra renommé, Georges Prêtre s’impose tout autant dans le répertoire symphonique, et pas seulement français – très proche de Francis Poulenc, il interprète souvent ses œuvres et crée la Symphonie n° 4 de Marcel Landowski. Il prouve dans le monde entier, et particulièrement à Vienne, ville qu’il adorait et qui lui rendait son affection, qu’il est tout aussi à l’aise dans Mahler et Bruckner, et que le répertoire dit « léger » l’enchante, lui qui, dans sa jeunesse, composait chansons et opérettes (des travaux alimentaires, précisait-il). Il est d’ailleurs le seul Français à avoir été invité par les Wiener Philharmoniker pour leur fameux Concert du Nouvel An, en 2008 et 2010.

Son métier de chef lyrique, il l’apprend sur le tas, en province – le meilleur moyen de se constituer un répertoire. À Marseille, dès 1946 (il y débute dans Samson et Dalila, qui deviendra l’un de ses opéras fétiches), à Lille, à Toulouse. Rude école que celle-ci, mais ô combien précieuse. « Appartenir à un théâtre, c’était à la fois avoir des responsabilités et un pouvoir, y compris celui de partir ; c’était surtout apprendre un répertoire à fond, et pas seulement quelques œuvres. À Marseille, il m’a fallu, une fin de semaine, diriger quatre ouvrages, Sigurd, Die Walküre, Carmen et Tosca, qu’on jouait alors avec Les Noces de Jeannette, parce que l’on trouvait que c’était trop court pour occuper une soirée entière ! C’est au théâtre qu’on apprend vraiment son métier, tous les chefs le savent, alors que maintenant on se contente de concerts. »

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 126