En coulisse

Mascate

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Umberto Fanni. © KHALID ALBUSAIDI

Inauguré le 12 octobre 2011, le somptueux Opéra Royal de Mascate, capitale du sultanat d’Oman, ne cesse d’augmenter le rythme de ses activités et affiche un taux de remplissage approchant les 100 %. Après avoir accueilli des compagnies telles que le Staatsoper de Vienne, l’Opéra de Monte-Carlo ou l’Opéra de Lyon, il s’apprête à recevoir, les 9 et 12 février, l’Opéra de Florence, avec L’Italiana in Algeri, et prépare pour 2019 sa première production entièrement conçue in loco, qui suivra de près l’ouverture d’une nouvelle salle, plus petite, dédiée entre autres au répertoire de chambre. Umberto Fanni, son directeur général, dresse le bilan des six années écoulées et lève le voile sur les projets.

Vous êtes italien ; dans quelles circonstances l’Opéra Royal de Mascate a-t-il fait appel à vous ?

La première fois que je suis venu ici, c’était pour accompagner la production de Turandot des Arènes de Vérone, dont j’étais alors le directeur artistique. Cette mise en scène de Franco Zeffirelli, sous la baguette de Placido Domingo, avait été choisie pour l’inauguration du tout nouvel Opéra Royal, en octobre 2011. Plus tard, j’ai appris que le théâtre cherchait un directeur artistique, et j’ai posé ma candidature ; elle a été retenue parmi quatorze autres. J’ai pris mes fonctions le 1er septembre 2014. Apparemment, mon travail a plu : au bout d’un an seulement, j’ai eu la chance d’être nommé directeur général, à compter du 1er novembre 2015.

Quels étaient vos atouts pour occuper ce poste ?

Tout d’abord, mon profil et mon parcours. Je suis musicien de formation, ayant étudié le piano en Italie, puis en Suisse ; c’est à Genève que j’ai obtenu mon diplôme de concertiste. Mais, très vite, j’ai travaillé à l’administration, quand Claudio Scimone m’a proposé de devenir l’assistant du directeur artistique de l’ensemble I Solisti Veneti. Par la suite, j’ai moi-même été le directeur artistique de plusieurs théâtres italiens : Brescia, Trieste, Vérone, Cagliari… Mais je crois surtout avoir compris la particularité de l’Opéra Royal de Mascate : venant d’Europe, j’aurais pu être tenté de reproduire le mode de fonctionnement habituel visant un public de fidèles, cet « entre-soi » avec le même répertoire de base, ces mêmes ouvrages donnés dans le monde entier : La traviata, La Bohème, Carmen, etc. Sauf que ce n’est pas ce que l’on attend ici. Déjà, on ne doit pas oublier qu’il y a cinquante ans, là même où nous nous trouvons, c’était le désert. Pour chaque titre qu’on affiche, c’est la première fois ! Donc, il faut proposer une programmation « pédagogique ».

Et quelle forme prend-elle ?

Nous nous attachons à offrir le panorama le plus représentatif possible du répertoire lyrique. Après Turandot, nous avons proposé d’autres Puccini, comme La Bohème, Madama Butterfly et Manon Lescaut, du Verdi, bien sûr (La traviata, Simon Boccanegra, Aida), mais aussi du bel canto romantique : Il barbiere di Siviglia, La Cenerentola, Lucia di Lammermoor, L’elisir d’amore, I Capuleti e i Montecchi, Don Pasquale, La Fille du régiment et Maria Stuarda. On y a ajouté un peu de Mozart (Die Zauberflöte, Le nozze di Figaro, Don Giovanni) et de Wagner (Der fliegende Holländer, Lohengrin). Et n’oublions pas Carmen, Werther, Eugène Onéguine… C’est plutôt pas mal, je crois, en à peine six saisons ! Par ailleurs, l’opéra et la musique occidentale, en général (concerts, ballets, comédies musicales), ne constituent qu’une partie de notre programmation, qui propose également musique du monde, musique moderne – je m’attache, en particulier, à inviter des artistes qui ont des racines arabes et font carrière dans les pays occidentaux où ils vivent, comme Dhafer Youssef –, et même militaire : vous voyez que c’est très éclectique ! Cette saison, nous avons proposé une production que nous avons entièrement conçue et réalisée, Célébrer Oman – Le Grand Voyage, qui retrace l’histoire de cette terre située sur la route de la soie et ses influences multiples. Notre projet artistique est unique au monde, par sa diversité et sa volonté de réunir des spectacles de toutes sortes, avec une programmation bâtie sur les rencontres, reflet de l’esprit de S. M. le sultan Qabous ibn Saïd, grand amateur de musique classique et, par ailleurs, lui-même organiste. Avec la construction de ce magnifique théâtre, il a voulu approfondir la connaissance réciproque entre les différentes cultures, convaincu que du dialogue naît la conscience de sa propre identité, mais aussi le respect entre des hommes de pensées et d’origines très éloignées les unes des autres.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 125