En coulisse

Tours

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Nommé directeur de l’Opéra, en décembre 2015, après la démission de Jean-Yves Ossonce, le jeune chef français Benjamin Pionnier déborde de projets. Les 27, 29 et 31 janvier, il sera lui-même au pupitre de Lakmé au Grand Théâtre, avant Tosca, du 21 au 27 avril.

Comment présenteriez-vous l’Opéra de Tours ?

L’Opéra est situé au Grand Théâtre, un bâtiment emblématique de la ville, à l’architecture incroyable. Son grand escalier à double révolution en fait un « petit Garnier ». Charles Garnier était d’ailleurs membre du jury pour le choix de l’architecte. Son acoustique est idéale, avec un bon rapport entre la salle et la scène. C’est le seul Opéra de la Région Centre-Val de Loire, qui regroupe aujourd’hui six départements ; nous avons donc une mission de diffusion sur un vaste territoire. J’ai découvert, à mon arrivée à la tête de l’institution, une équipe réduite mais polyvalente, où l’on peut notamment compter sur des artisans véritablement amoureux de leur métier. Tous se sont montrés dynamiques et très motivés autour du projet artistique que j’ai construit : une nouvelle page s’ouvre pour cet établissement.

Vous dirigez aussi l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours. De quelle manière articulez-vous vos deux missions ?

Je souhaite accueillir régulièrement des chefs invités, choisis pour des répertoires spécifiques. Leur apport d’un nouveau regard et d’autres couleurs est complémentaire de mon travail de gestion des activités et de la vie de l’Orchestre. Pour Rusalka, par exemple, qui sera jouée en mai, j’ai fait appel à Kaspar Zehnder, pour ses affinités avec la musique de Dvorak. La confrontation des instrumentistes à des discours différents leur donne des respirations indispensables ; elle offre une richesse qu’un chef permanent ne peut amener seul. Il n’y a pas pour moi de petits ou de grands concerts, et j’ai le même plaisir à diriger devant des publics physiquement éloignés de la musique qu’à l’Opéra, où je m’efforce d’assurer notamment le spectacle d’ouverture de saison.

Quelles sont vos priorités dans les choix de programmation ?

J’ai le souci d’atteindre un équilibre dans le choix d’époques, de styles, et d’ouvrages plus ou moins accessibles. Il y a ici une tradition de découvertes, parfois audacieuses, que je vais poursuivre. L’une des dernières résurrections dans ce théâtre a été Bérénice d’Albéric Magnard, en 2014. L’Homme de la Mancha et Rusalka, présentés cette saison, n’y avaient jamais été donnés. C’est important pour moi de parcourir un répertoire lyrique couvrant toute l’étendue du genre. Tours a une histoire forte liée à l’opéra français, que je souhaite continuer, par goût et par conviction. Lakmé appartient à ces œuvres que l’on doit défendre. Nous programmons aussi des opérettes, mais avec tous les moyens qu’elles méritent. Pour Le Pays du sourire, en décembre (1), nous offrirons l’intégralité de la partition, afin de rendre justice à la finesse de l’écriture de Lehar, avec toutes les musiques de ballets et le retour d’un air de Lisa qui avait été supprimé. Une ouverture plus grande aux opéras slaves et à ceux du XXe siècle permettra d’avoir toutes les « saveurs » du genre lyrique : mes affinités me portent de Mozart à la musique contemporaine.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 124