Rencontres

Esa-Pekka Salonen

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© MAT HENNEK/DG

Au pupitre de Pelléas et Mélisande, à partir du 2, puis d’un concert chorégraphié, le 9, et enfin du diptyque Œdipus Rex/Symphonie de Psaumes, les 15 et 17, le chef finlandais, en ce mois de juillet, fait d’Aix-en-Provence son royaume. Une reconnaissance amplement méritée…

Nous nous rencontrons à Paris, où vous dirigez une nouvelle production du Château de Barbe-Bleue, couplé avec La Voix humaine, au Palais Garnier (1). Un retour très attendu, puisque vous n’étiez plus revenu à l’Opéra depuis la création mondiale d’Adriana Mater de Kaija Saariaho, en 2006, dont la première avait été annulée pour cause de grève. Vous faisiez partie, à l’époque, de l’équipe de sept chefs permanents réunie par Gerard Mortier, aux côtés de Sylvain Cambreling, Christoph von Dohnanyi, Valery Gergiev, Vladimir Jurowski, Marc Minkowski et Kent Nagano…

Je ne souhaite pas revenir sur les circonstances difficiles ayant présidé à cette création, totalement indépendantes de la valeur intrinsèque de l’œuvre. Mais cette idée d’un pôle de sept chefs différents était excellente. D’une part, parce que cela permettait d’associer à chaque ouvrage le chef idoine. C’est ainsi que j’ai pu faire mes débuts à l’Opéra Bastille avec Tristan und Isolde, dans cette magnifique production de Peter Sellars et du vidéaste Bill Viola. Et, d’autre part, parce que personnellement, je n’accepterais jamais d’être le chef attitré d’une maison d’opéra : c’est un poste beaucoup trop prenant en termes de calendrier, et trop rempli de contraintes.

L’opéra n’occupe d’ailleurs qu’une petite partie de votre activité…

Aujourd’hui, je dirige, au maximum, vingt-cinq semaines par an. Sur ce temps-là, mon activité de chef de fosse est forcément limitée, car une production prend tout de suite plusieurs semaines. C’est d’ailleurs pour cela que, quand c’est possible, j’aime beaucoup donner les opéras en version de concert. En plus, à l’avenir, j’ai l’intention de réduire encore mon temps consacré à la direction, pour davantage composer… J’entretiens, de toute façon, un rapport complexe avec l’opéra, même si j’y ai baigné tout petit, à travers mon père qui écoutait beaucoup de disques à la maison – j’ai le souvenir, en particulier, d’une Bohème qui passait tout le temps, chantée en -allemand ! De plus, comme j’ai très tôt pris des cours de composition, j’ai intégré un milieu où le genre même de l’opéra était ringard, voire suspect… Ajoutez à cela des expériences malheureuses en tant que jeune chef. Je me souviens, notamment, de mon premier Wozzeck, à Stockholm, en 1994. Je m’en faisais une joie immense, car cette œuvre était pour moi une sorte de texte sacré… Quelle n’a pas été ma déconvenue de voir qu’à la première, le premier violon n’était pas celui que j’avais eu aux répétitions ! Comment faire un travail satisfaisant dans ces conditions ? Cela dit, l’opéra, dans sa complexe intrication de musique et de théâtre, sa liaison étroite entre texte et voix, est un genre unique et fascinant : quand ça fonctionne, c’est magique ! J’ai la chance d’être maintenant dans une position qui me permet de choisir ce que je veux diriger, avec qui, et dans quelles conditions, en m’assurant un nombre suffisant de répétitions. Cela peut sembler un luxe, mais c’est pour moi indispensable.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 119