Rencontres

Rani Calderon

À partir du 3 mai, le chef israélien sera au pupitre d’une nouvelle production des Pêcheurs de perles de Bizet, à l’Opéra National de Lorraine. Un univers musical très différent de celui de l’Orfeo ed Euridice de Gluck, qu’il dirige à Nancy jusqu’au 7 avril.

Rani Calderon©Opéra national de Lorraine (6) OPÉRA NATIONAL DE LORRAINE
© OPÉRA NATIONAL DE LORRAINE
Lorsque vous avez débuté dans la fosse de l’Opéra National de Lorraine, en octobre 2013, avec Turandot, Tito Muñoz venait de quitter son poste de directeur musical, un an avant le terme de son contrat. Dans quel état d’esprit avez-vous trouvé l’Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy ?

Débuter avec Turandot était une grande chance. Une partition de cette envergure permet à la fois aux instrumentistes de faire connaissance avec le chef, et à ce dernier de prendre toute la mesure de la situation, en travaillant avec l’ensemble des forces de la maison. Je me suis trouvé face à des musiciens très disponibles, ce qui m’a beaucoup plu. Il s’agissait, en vérité, d’un bon orchestre, mais je sentais que son potentiel n’était pas pleinement réalisé. Ce qui lui manquait, à mon sens, c’étaient les liens secrets entre les musiciens, ces fils transparents qui, dès la première lecture, créent une entente entre les différents pupitres, et font que les cordes jouent comme un quatuor. Un tel travail doit être mené de façon régulière mais, à la fin des représentations de Turandot, j’étais déjà très content du résultat. Quand je me suis proposé pour le poste de directeur musical, des membres du comité artistique sont venus m’expliquer le contexte. Pour savoir dans quelle direction mener une formation, quelle qu’elle soit, il me paraît, en effet, indispensable de bien connaître son passé.

Échaudé, peut-être, par le départ anticipé de Tito Muñoz, Laurent Spielmann, directeur de l’Opéra National de Lorraine, vous a d’abord nommé premier chef invité…

Et c’était très intelligent de sa part. Quand il m’a proposé le poste de premier chef invité, en avril 2014, je n’avais pas encore dirigé l’Orchestre dans le répertoire symphonique. Disposer d’une saison afin de mieux comprendre la réalité me semblait donc nécessaire, du moins pour exercer ensuite la fonction de directeur musical. En septembre 2015, j’avais déjà rencontré tout le monde, même en dehors du théâtre : les élus, la direction et les professeurs du Conservatoire. J’avais donc toutes les cartes en main, pour promouvoir le projet artistique que je veux défendre ici.

Comment l’Orchestre a-t-il évolué depuis octobre 2013 ?

Une fois nommé, j’ai souhaité, tout d’abord, pouvoir consulter le répertoire joué au cours des dix dernières années. Il me semblait essentiel de savoir ce qui manquait – moins au niveau lyrique d’ailleurs, où l’activité de l’Opéra National de Lorraine est très variée, que symphonique. Je me suis aperçu de deux choses : la quasi-absence de Haydn, alors que ses Symphonies font énormément de bien à un orchestre – impossible de se cacher, on se rend tout de suite compte des problèmes de justesse, d’articulation, d’attaque, de cohésion ; et, curieusement, la faible place accordée à la musique française. Quand j’ai présenté au comité artistique mes propositions pour la saison symphonique 2015-2016, j’ai eu le bonheur de découvrir que les instrumentistes avaient les mêmes demandes. Ce qui est magnifique, dans la relation avec un orchestre, c’est que nous sommes tous musiciens, et qu’en principe, nos intérêts convergent ! Le deuxième aspect, qui constitue une part importante de mes fonctions de directeur musical, est plus technique, le travail que nous effectuons en répétition se développant encore pendant les concerts. Car même si nous ne pouvons plus parler entre nous quand nous sommes devant le public, les choses continuent d’avancer. Troisième point, la dimension humaine, que je juge primordiale. La qualité de vie à l’intérieur d’un orchestre contribue, en effet, à un meilleur niveau de jeu.

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