In Memoriam

Denise Duval (1921-2016)

Disparue le 25 janvier dernier, à l’âge de 94 ans, la soprano française demeurera pour l’éternité la cantatrice préférée de Francis Poulenc, dont elle a créé les trois opéras : Les Mamelles de Tirésias, Dialogues des Carmélites et La Voix humaine. Un partenariat amical et artistique qui a durablement marqué l’histoire de l’art lyrique dans la deuxième moitié du XXe siècle.

© PATHÉ MARCONI

« Le Chant de la Muse » : tel était l’intitulé choisi pour l’interview de Denise Duval retranscrite par mes soins dans la revue Opéra International, en novembre 1999, dans le cadre du centenaire de la naissance de Francis Poulenc. Nul n’ignore, en effet, les liens particulièrement puissants, tant professionnels que privés, qui ont uni le compositeur et son interprète de prédilection – et ce dès 1947, date de leur rencontre à l’occasion de la création des Mamelles de Tirésias.

Poulenc cherche alors désespérément une cantatrice de caractère pour incarner le personnage singulier de Thérèse, femme osant braver sa condition pour se transformer en homme. Pendant une répétition de Madama Butterfly, à l’Opéra-Comique, Denise Duval entend soudain une voix s’élever de la salle : « C’est tout à fait la femme que je recherche ! » La jeune soprano, tout juste âgée de 26 ans, est encore inconnue du public d’opéra et Poulenc en a conscience. « Très habilement, il a préparé l’événement, m’entraînant à sa suite dans les salons parisiens les plus huppés. Il avait demandé à Christian Dior de m’habiller de pied en cap : on me pensait mannequin, mais certes pas cantatrice. La surprise fut donc grande, le soir de la première. Comme vous le voyez, Poulenc était également très doué en matière de relations publiques », se souvenait-elle en 1999.

La correspondance échangée durant leurs seize années d’amitié et de collaboration – notamment les lettres et cartes adressées par Poulenc – dévoile, mais pour une part seulement, certains aspects de leurs relations. Leur complicité de chaque instant aboutit à la naissance de deux partitions majeures du répertoire d’opéra au XXe siècle : Dialogues des Carmélites (1957), d’après Georges Bernanos, et La Voix humaine (1959). « J’ai écrit en avril un monologue sur un texte de Jean Cocteau pour Duval et orchestre », devait avouer Poulenc à Darius Milhaud, évoquant la genèse de La Voix humaine. C’est tout dire ! Denise Duval, lors de l’interview qu’elle m’avait gentiment accordée dans les salons de l’Hôtel Marivaux, juste à côté de la Salle Favart – elle y avait conservé ses habitudes –, évoquait ainsi ce partenariat exceptionnel : « Cette profonde amitié n’a fait que s’enrichir, se fortifier jusqu’à la disparition de Poulenc, le 30 janvier 1963. Il me manque toujours autant aujourd’hui. »