In Memoriam

Pierre Boulez

Le 5 janvier dernier, une légende nous a quittés, à l’âge de 90 ans. Compositeur, chef d’orchestre, théoricien et fondateur d’institutions, Pierre Boulez était une figure incontournable de la musique au XXe siècle. Opéra Magazine, qui lui avait consacré la couverture de son numéro 9, daté de juillet-août 2006, avec un long entretien à la clé, lui rend aujourd’hui un hommage plus que mérité.

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© DEUTSCHE GRAMMOPHON/CHARLOTTE OSWALD

Le 26 mars 2015, Pierre Boulez, né en 1925, avait eu 90 ans. Un anniversaire que la Philharmonie de Paris avait voulu célébrer en organisant une remarquable exposition, retraçant le parcours unique de celui qui, n’en déplaise à ses détracteurs, fut et restera dans les mémoires comme l’un des acteurs essentiels de l’histoire musicale de la seconde moitié du XXe siècle (voir encadrés en page suivante).

Boulez nous a donc quittés ; depuis quelques années, de graves ennuis de santé l’accablaient. Il s’est éteint le 5 janvier dernier, à son domicile de Baden-Baden. Mesurera-t-on l’immensité de la perte ? Compositeur, chef d’orchestre qui dirigea les formations les plus prestigieuses de la planète, auteur d’écrits théoriques qui ont fait date et qui n’ont rien perdu de leur acuité, polémiste à l’occasion, fondateur d’institutions qui ont modifié le visage du paysage intellectuel français (l’IRCAM, l’Ensemble Intercontemporain, la Cité de la Musique et la Philharmonie de Paris – des projets toujours tournés vers les autres), il fut tout cela.

En 1945, il a 20 ans. C’est peu de dire que la France musicale vieillit et a besoin de sang neuf. Quelque temps plus tard, Jean-Louis Barrault l’engage comme directeur de la musique de scène de la compagnie théâtrale qu’il a fondée avec Madeleine Renaud, et, très tôt, le décrit comme « libre et responsable». Toujours soutenu par Barrault, il crée, en 1954, au Théâtre Marigny, les concerts du Domaine Musical, irremplaçable foyer de diffusion – que connaissait Paris, à l’époque, de la Seconde École de Vienne ? Pas grand-chose ! – et de création.

Il fait aussi œuvre de pédagogue à Darmstadt, à Bâle, à Harvard, au Collège de France, sans jamais accepter une fonction professorale ; il n’eut pas, à proprement parler, d’élèves ou de disciples, et sans doute n’aurait-il pas aimé cela, lui qui, au Conservatoire de Paris, assista un temps aux cours d’Olivier Messiaen mais s’en éloigna assez vite, et plus encore de l’enseignement de René Leibowitz, carcan doctrinal dont il se libéra rapidement. À ceux qui assistaient à ses classes, il ouvrait des voies, mais ne voulait surtout pas qu’ils deviennent des suiveurs ou des imitateurs. Comme il l’affirmait : « Les jeunes professionnels qui viennent me voir, je ne les traite pas comme des « jeunes » mais comme des « professionnels ». » Et cela avec exigence, mais aussi avec un talent consommé pour rendre clair et évident ce qui paraissait complexe, y compris lorsqu’il expliquait ses propres compositions qu’il remettait sans cesse sur le métier, en perfectionniste acharné.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 114