Rencontres

Éric Blanc de la Naulte

Ces sept dernières années, l’Opéra a connu une existence pour le moins perturbée, entre démissions, nominations avortées, et même licenciement pour faute. Son nouveau directeur, confirmé à son poste en janvier 2015, explique comment il a entrepris de relancer la machine.

liège Le Roi d'Ys 03 JACQUES CROISIER
Le Roi d’Ys dans la production signée Jean-Louis Pichon, créée à Saint-Étienne en 2007 et reprise à partir du 4 mars.
L’Opéra de Saint-Étienne a connu des périodes de turbulence ; sont-elles terminées ?

Oui, le calme est revenu, même si, par les temps qui courent, une maison sans problème n’existe pas. La vie a repris son rythme. Nous avons fait le pari d’une nouvelle équipe, de nouveaux choix, et il semble que nous ayons réussi, puisque le public est là, que la presse revient et que les abonnements sont en hausse, ce qui est un indicateur infaillible.

Et ce, malgré des contraintes financières…

Nous avons réussi à monter une programmation en nous soumettant à un rééquilibrage sévère, puisque notre dotation a été remise à son niveau d’équilibre eu égard aux dépassements budgétaires de l’ancienne direction. Notre proposition artistique a dû prendre en compte ces huit cent mille euros de moins par rapport aux saisons précédentes ; néanmoins, nous avons affiché de l’opéra, de la danse, des concerts… et accueilli cent abonnés supplémentaires ! Ce qui ne nous empêche pas de rester humbles ; nous ne devons surtout pas nous endormir sur nos lauriers. La Tosca que nous avons donnée, en novembre dernier, a remporté un énorme succès et a été unanimement saluée ; le chef d‘orchestre, David Reiland, est même venu saluer sous une pluie de roses, qui ont formé un tapis sur la scène…

Vous avez également changé le nom de l’institution…

Effectivement, nous ne sommes plus l’Opéra Théâtre de Saint-Étienne, mais l’Opéra. Nous avons renoncé à certains genres, comme le jazz et le théâtre parlé, et avons affiché clairement nos intentions. La ville dispose d’autres salles de spectacle, dont un Zénith et un Centre dramatique national, la Comédie de Saint-Étienne. Personne n’a donc été lésé. Pour moi, un Opéra doit rester un Opéra, c’est-à-dire se consacrer à la musique symphonique et de chambre, à l’art lyrique, à la danse ; tous les genres n’y fonctionnent pas. Avec la dénomination « Opéra », le message est clair.

Quelle est exactement votre fonction ? Êtes-vous assuré de pouvoir mener à bien votre tâche sans problèmes financiers ?

Je suis directeur général et artistique, avec un mandat de trois ans. À notre époque, personne ne peut prédire l’avenir et avoir la moindre assurance, d’autant que la dotation attribuée aux collectivités locales baisse constamment. Nous devons prévoir nos programmations deux ou trois années à l’avance ; en ce moment, je travaille donc sur la saison 2017-2018, sans avoir encore mon budget pour 2016-2017 ! La préoccupation des municipalités est de ne surtout pas augmenter les impôts ; leur budget doit donc subir des ajustements, entre autres dans la culture. Si j’avais un message à donner sur le plan national, ce serait de ne pas sous-estimer ce que représentent les maisons d’opéra ; elles font vivre des gens, des commerces, elles ont un impact sur l’économie et l’emploi.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 113