Rencontres

Dieter Kaegi

À partir du 29 janvier, l’actuel directeur général du Theater Orchester Biel Solothurn, qui vient d’y programmer une nouvelle production très remarquée d’Owen Wingrave de Britten, met en scène l’ultime opéra composé par Richard Strauss, avec Benjamin Pionnier à la baguette.

Kaegi_7897 ILJA MESS
© SABINE BURGER
Quel sens donnez-vous au débat esthétique soulevé par Capriccio, sur la primauté de la musique ou du texte à l’opéra, dans le contexte de sa création à Munich, en 1942 ?

Je suis, bien sûr, au courant de ces circonstances mais, pour moi, Richard Strauss vivait enfermé dans son monde, sans véritable rapport avec la réalité. L’une des répliques adressées par le Comte à sa sœur, la Comtesse Madeleine, « Ne confonds pas en lui l’œuvre et l’homme… », me semble une excuse pour le compositeur, qui a fait une importante carrière pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’est arrangé avec le régime nazi et en a profité, même s’il lui arrivait de manifester une légère irritation quand on lui en parlait. Je ne montrerai pas cet aspect « politique » dans ma mise en scène.

Qu’est-ce qui vous touche le plus dans l’ultime opéra de Strauss ?

Par-delà les genres, opéra et théâtre parlé, Capriccio est une déclaration d’amour à l’institution théâtrale et au plateau. Et c’est cela qui me touche. Strauss rend un formidable hommage à la bâtisse elle-même, envisagée comme un lieu de rencontres et de secrets. La Comtesse Madeleine n’affirme rien d’autre quand elle explique que « la scène nous dévoile le secret de la vérité ».

Vous avez mis en scène Der Rosenkavalier à Monte-Carlo, en 2007. La Maréchale, comme la Comtesse Madeleine, est confrontée à des choix. Quel regard portez-vous sur ces deux cheminements intérieurs ?

La Maréchale est une figure plus dramatique que la Comtesse Madeleine, qui me semble plus abstraite. L’humanité de la première me touche davantage, mais la seconde termine l’opéra sur un magnifique monologue, posant de grandes questions qui illustrent son impossibilité à choisir entre Flamand, le musicien et Olivier, le poète, et donc entre les deux arts.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 113