Rencontres

Robin Johannsen

© Uwe Arens
© UWE ARENS

Devenue l’une des interprètes favorites du chef belge, la soprano américaine tient le principal rôle dans son intégrale de Die Entführung aus dem Serail, qui sort chez Harmonia Mundi. Elle retrouvera René Jacobs, début 2016, à la Monnaie de Bruxelles, puis au Staatsoper de Berlin.

Comment êtes-vous venue au chant ?

Toute petite, je voulais déjà en faire mon métier, mais dans le « musical ». Je chantais tout le temps, ou plutôt je criais, au point que l’on m’a fait prendre des cours, dès l’âge de 9 ans, pour m’apprendre à préserver ma voix. Le classique est venu bien plus tard, à 16 ans. Un professeur de chant choral au lycée m’a fait écouter les grandes voix du passé : Maria Callas, Joan Sutherland, Lily Pons, Leontyne Price, Jussi Björling… Un choc ! Il a également commencé à me donner quelques airs à travailler, puis, constatant mes capacités, m’a d’emblée prévenue : j’étais douée, certes, mais pour faire carrière, j’allais devoir beaucoup travailler et me battre !

Vous êtes venue en Europe dès 2002, et vous y êtes restée…

J’avais obtenu une bourse de dix mois pour intégrer le programme de perfectionnement du Deutsche Oper de Berlin. J’aurais dû revenir aux États-Unis ensuite, mais le Generalmusikdirektor de l’époque, Christian Thielemann, m’a proposé d’entrer dans la troupe, où je suis restée deux ans. Puis j’ai passé deux autres années à Leipzig, avant de devenir « freelance », en 2008.

Le baroque semble occuper une grande place dans votre carrière…

Pendant longtemps, je n’ai pourtant connu qu’une seule œuvre « baroque » : Messiah de Haendel, qui, aux États-Unis comme ailleurs, se donne tout le temps ! J’ai toujours vocalisé facilement, et l’air « Rejoice greatly » est vite devenu l’un de mes chevaux de bataille. À chaque fois, je le chantais le plus vite possible : c’était tellement grisant ! Au point que plusieurs personnes m’ont conseillé de regarder de plus près ce répertoire. La révélation est venue en 2008, avec l’oratorio Davidis pugna et victoria de Scarlatti, sous la baguette d’Alessandro De Marchi. J’ai découvert une musique expressive, émouvante, où ma voix pouvait s’épanouir, ainsi qu’un travail passionnant sur le texte, les couleurs, l‘ornementation… Quel bonheur d’avoir retrouvé Alessandro ensuite, pour Vivaldi, Bach, Haendel, Hasse, Caldara ou Jommelli !

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 111