En coulisse

Opéra de Paris

Stéphane Lissner. © ELISA HABERER/OPÉRA NATIONAL DE PARIS
Stéphane Lissner. © ELISA HABERER/OPÉRA NATIONAL DE PARIS

Le 20 octobre, le rideau de l’Opéra Bastille se lèvera sur Moses und Aron, première nouvelle production d’une saison entièrement conçue par Stéphane Lissner, successeur de Nicolas Joel à la tête de l’Opéra National de Paris. Avec un mandat courant jusqu’en 2021, le nouveau directeur a tout le temps d’imprimer sa marque sur le plus prestigieux théâtre lyrique de France qui, en 2019, fêtera son 350e anniversaire. Programmer le monumental opéra inachevé d’Arnold Schoenberg en début de règne est déjà, en soi, un manifeste !

« Osez ! » : tel est le mot d’ordre de la première saison que vous avez entièrement conçue pour l’Opéra National de Paris ; le dites-vous à vous-même ou au public ?

Je le dis aux deux ! Ma seconde campagne se fait sur le thème : « Verdi ou Schoenberg, pourquoi choisir ? » Quand on s’intéresse à la musique, on essaie d’approcher toute la musique, et pas seulement l’opéra. Bien sûr, personne n’a les mêmes goûts et les mêmes connaissances ; les uns privilégient certains domaines, d’autres ont des centres d’intérêt opposés, et c’est tant mieux. Mais il faut oser aller écouter des œuvres différentes, de même qu’un directeur de théâtre lyrique doit oser des ouvrages et des artistes qui cherchent à questionner la réalité du monde contemporain. Diriger l’Opéra National de Paris, c’est une mission de service public ; le public demande à se divertir, et il en a le droit, mais nous devons également l’amener à réfléchir.

Pensez-vous que les théâtres lyriques, de façon générale, prennent trop peu de risques ?

Dans des grandes institutions comme Milan, New York ou Paris, faire preuve d’audace ne va pas de soi, tant les contraintes sont fortes. C’est plus facile pour des théâtres plus petits, dont beaucoup font un travail remarquable et n’hésitent pas à prendre des risques ; c’est le cas au Châtelet, par exemple. À l’Opéra National de Paris, rien n’est simple. Si l’on nous compare au Festival de la Ruhrtriennale, par exemple, nous osons infiniment moins ; mais ils ont des moyens différents pour le faire.

Vous devez tenir compte, entre autres, de paramètres financiers importants.

L’Opéra National de Paris, comme vous le savez, ce sont deux salles qu’il faut gérer en même temps, le Palais Garnier et l’Opéra Bastille, soit en tout 4 700 places. Notre budget est de 205 millions d’euros, et en termes de billetterie, nous vendons environ 900 000 places par saison, pour une recette de près de 70 millions d’euros. Plus de 50 % de nos -ressources proviennent désormais de nos propres recettes, mais c’est un chiffre que nous ne pourrons pas beaucoup dépasser. Les théâtres plus petits n’ont pas ce problème et leur financement public atteint souvent 70 % de leur budget. Nous devons oser en tenant compte de toutes ces données.

Et vous osez, dès ce mois-ci, avec une nouvelle production de Moses und Aron de Schoenberg !

Je tenais absolument à ce que ma première nouvelle production soit consacrée à l’œuvre d’un des compositeurs qui ont marqué l’histoire de la musique. Moses und Aron est un opéra qui entretient des liens très forts avec l’univers dans lequel nous vivons ; il parle de la tension entre le verbe et la pensée mais aussi de l’exode, et l’on compte 50 millions de personnes déplacées dans le monde. Jamais on n’en a connu autant sur les routes, et aucun pays n’est capable de résoudre le problème. Evidemment, lorsque je l’ai programmé, personne ne pouvait imaginer les événements terribles qui se sont produits à Paris, en janvier dernier ; justement, Moïse et Aaron parle aussi de la religion, de son impact sur les individus. Une dernière raison m’a fait choisir cet ouvrage : l’orchestre et le chœur en sont des protagonistes essentiels ; je voulais les mettre en valeur dans mon spectacle d’ouverture et faire connaître José Luis Basso, notre nouveau chef des chœurs.

Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 110