EXPOSITION

Chagall musicien

32.Chagall travaillant pour le Plafond de l'Opéra1964(c)ADAGP-Paris2015 - Photo(c)Izis-Manuel Bidermanas
Marc.Chagall travaillant pour le Plafond de l’Opéra (1964) © ADAGP-PARIS2015/IZIS-MANUEL BIDERMANAS

Jusqu’au 31 janvier 2016, la Philharmonie de Paris et La Piscine-Musée d’art et d’industrie de Roubaix unissent leurs efforts pour rendre hommage à l’illustre peintre français d’origine russe, disparu à Saint-Paul-de-Vence, en 1985. Les deux expositions s’attachent à évoquer les liens entre Marc Chagall et la musique, à travers toiles, dessins, gravures, céramiques, vitraux, photographies, costumes… La Philharmonie consacre une place de choix à l’opéra, d’abord avec le fameux plafond du Palais Garnier, ensuite avec une évocation de la légendaire production de Die Zauberflöte, créée au Metropolitan Opera de New York, en 1967. Visite guidée…

Tout texte sur Marc Chagall devrait inévitablement commencer par « Il était une fois… ». Car rares sont les peintres qui, comme lui, ont su créer un monde imaginaire capable de séduire les publics les plus divers. Chez lui, la fluidité des formes impose son rythme, la flamboyance des couleurs sa mélodie. C’est parce que la musique est présente à chaque étape de la vie de Chagall que deux expositions, rassemblées sous le titre « Chagall et la musique », se tiennent simultanément. La première, « Marc Chagall, le triomphe de la musique », a pour cadre la Philharmonie de Paris ; la seconde, « Marc Chagall, les sources de la musique » se tient à La Piscine-Musée d’art et d’industrie de Roubaix ; toutes deux fermeront leurs portes le 31 janvier 2016.

La musique, chez Chagall, c’est d’abord l’affirmation d’une tradition. Il naît à Vitebsk, aujourd’hui en Biélorussie, le 7 juillet 1887, dans une famille juive hassidique, et son quotidien est baigné par une culture religieuse dans laquelle « le chant et la danse jouent un rôle essentiel dans la liaison entre les mondes terrestre et céleste » selon Ambre Gauthier, commissaire de l’exposition – une communion avec Dieu qui ne peut se faire que dans la joie. Son grand-père est chantre à la synagogue, un oncle joue du violon… Ses souvenirs d’une enfance russe et juive ne le quitteront jamais.

MÉTAMORPHOSE D’UN PLAFOND

L’exposition proposée à la Philharmonie choisit de remonter le temps – un périple chronologique à rebours, qui a pour but de montrer la permanence des thèmes dans l’œuvre de Chagall, avec des illustrations musicales choisies par le pianiste Mikhaïl Rudy. Ce n’est pas un hasard si elle s’ouvre par un aperçu inédit sur le plafond de l’Opéra de Paris (1964) – sans doute l’une des œuvres les plus connues de son auteur, ne serait-ce que par les polémiques qu’elle a déclenchées.

La commande vient d’André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles (il demande aussi à André Masson un nouveau plafond pour le Théâtre de l’Odéon, qui sera dévoilé en 1965). Ce que l’on reproche à Chagall ? De dénaturer une salle chère aux Parisiens, en remplaçant le décor original imaginé par Jules Lenepveu, qui ne sera pas détruit pour autant (il est toujours présent sous son successeur). Âgé alors de 77 ans, Chagall relève un défi que le photographe Izis suit pas à pas – son travail est présent dans l’exposition sous forme d’un diaporama.

Sur 220 m2, douze panneaux latéraux entourent un centre circulaire ; cinq zones de couleurs sont visibles, rouge, blanc, vert, bleu, jaune, honorant quatorze compositeurs et leurs œuvres. Si l’on regarde bien, on y aperçoit l’artiste et son commanditaire… Ce plafond, les visiteurs peuvent le découvrir, pour la première fois, de près, de très près même : un long travelling de quinze minutes filmé par un drone (un exploit réalisé en partenariat avec l’Opéra National de Paris et le Lab de -l’Institut Culturel de Google) permet d’en percer les mystères.

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