Entretien

Julie Fuchs

Musetta dans La Bohème, à Nantes (2012). © JEF RABILLON/ANGERS NANTES OPÉRA
Musetta dans La Bohème à Nantes (2012). © JEF RABILLON/ANGERS NANTES OPÉRA

Des débuts à l’Opéra National de Paris, dans Thalie et la Folie de Platée, le 7 septembre, suivis de la sortie de son premier récital d’airs français chez Deutsche Grammophon, le 11 : la carrière de la jeune soprano française connaît, en cette rentrée 2015, un formidable coup d’accélérateur ! Mais Julie Fuchs ne se laisse pas griser par la rapidité de cette ascension et demeure vigilante, aussi bien dans le choix de ses rôles que dans la manière de gérer son calendrier.

Cette rentrée est particulièrement importante pour vous : vous débutez au Palais Garnier dans Platée et vous entrez dans une grande compagnie discographique. Attendiez-vous cela avec impatience ?

J’essaie de ne pas trop vivre dans l’attente. Mais je sens bien que les événements s’accélèrent : Ciboulette à l’Opéra-Comique, Alcina à Zurich, aux côtés de Cecilia Bartoli, l’enregistrement de ce récital… Je prends tout ce qui m’arrive comme un merveilleux cadeau. Le Palais Garnier n’est pas seulement une institution, c’est une maison magique, un lieu de rêve. Au fond de moi, je reste la même personne ; ce qui change, en revanche, c’est le regard des gens.

Comment êtes-vous arrivée chez Deutsche Grammophon ?

Yann Olivier m’avait entendue quand je chantais Maria dans The Sound of Music, au Châtelet, fin 2009. Mais je crois que c’est en 2012, lorsque j’ai été élue « Révélation Artiste lyrique de l’année », aux Victoires de la Musique classique, qu’il a eu le déclic et m’a réellement prêté l’oreille. Entre-temps, j’avais progressé.

De quelle manière avez-vous élaboré le programme de ce récital, enregistré avec l’Orchestre National de Lille, sous la direction musicale de Samuel Jean ?

L’idée première, que je partageais avec les responsables du label, était de ne pas concevoir un programme « carte de visite » un peu fourre-tout, mais d’explorer un répertoire dans lequel je me sentirais à l’aise tout de suite, qui serait vraiment moi. Le répertoire français s’imposait d’autant plus que j’aime chanter dans ma langue ; d’où le choix de morceaux de Messager (L’Amour masqué), Hahn (Ciboulette, Ô mon bel inconnu), Yvain (Yes), Christiné (Phi-Phi), Honegger (Les Aventures du roi Pausole), Ravel (L’Enfant et les sortilèges), d’airs plus rares aussi, comme celui de La Pouponnière de Casimir Oberfeld, auxquels j’ai tenu à ajouter Les Mamelles de TIrésias de Poulenc. Il suffisait d’élargir notre champ d’action, d’intégrer l’opérette française parmi les autres ouvrages créés à l’époque, un peu partout en Europe, puisque l’album comprend des pages de La Veuve joyeuse, de L’Opéra de Quat’sous… et de No, No, Nanette, avec son fameux « Tea for Two », que je chante en duo avec Stanislas de Barbeyrac !

Il semble que beaucoup de jeunes chanteurs aiment ce répertoire léger.

En effet, ne serait-ce que parce qu’il est vraiment amusant. Nous le considérons non seulement avec sympathie, mais aussi avec respect, ce qui est essentiel. Sans doute avons-nous moins peur que nos aînés d’être curieux ! De toute façon, aujourd’hui, la spécialisation est quasiment impossible si l’on veut trouver des engagements. En ce qui me concerne, je ne pourrais pas me cantonner dans un type de répertoire ; ce n’est pas une question de stratégie, c’est juste que je veux conserver intact mon plaisir de chanter, et que la diversité le nourrit.

L’un de vos premiers rôles a été celui d’Elle, l’héroïne de L’Amour masqué, en 2009.

J’étais encore au CNSMD de Paris, en avant-dernière année ! C’est une période dont je garde un beau souvenir ; c’est là, si je puis dire, que la plante a absorbé l’eau et le soleil, avec des professeurs de chant comme Robert Dumé et Alain Buet, des pianistes comme Olivier Reboul, Susan Manoff et Jeff Cohen ; autant de jolies rencontres, comme avec Samuel Jean, mon professeur d’ensemble vocal, une classe que j’adorais, ou avec Emmanuelle Cordoliani et Vincent Vittoz, qui enseignaient le théâtre et que j’ai retrouvés comme metteurs en scène.

Qu’attendez-vous, justement, d’un metteur en scène ?

Avant tout, le respect et le sérieux avec lesquels il nous fait prendre l’œuvre, même dans le registre le plus comique ; ça a été le cas avec Corinne et Gilles Benizio, alias Shirley et Dino, pour King Arthur de Purcell, ou avec Michel Fau pour Ciboulette, qui nous a fait travailler en profondeur aul point que, pour la première fois, j’ai eu l’impression de jouer quelqu’un d’autre que moi. Vous ne pouvez pas savoir comme c’est jouissif d’entendre les gens rire dans la salle ! C’est difficile de faire rire, c’est un mélange de spontanéité et de technique.

  • Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 109