Événement

Les Mousquetaires au couvent

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Tantôt sous-titrés « opéra-comique », tantôt « opérette », Les Mousquetaires au couvent n’ont plus été joués Salle Favart depuis 1992. Créé aux Bouffes-Parisiens, en 1880, l’unique ouvrage de Louis Varney passé à la postérité reprend, à partir du 13 juin, le chemin de l’Opéra-Comique, avec le soutien du Palazzetto Bru Zane-Centre de musique romantique française, et en coproduction avec l’Opéra de Toulon et celui de Lausanne, où la mise en scène de Jérôme Deschamps a été présentée en décembre 2013.

Louis Varney (1844-1908) appartient à la génération des compositeurs qui ont recueilli le double héritage des maîtres du répertoire romantique léger des années 1830-1860 (Auber, Adam, Thomas) et des fondateurs de l’« opéra bouffe » (Hervé, Offenbach). Il se situe ainsi aux côtés d’Edmond Audran (1842-1901), à qui l’on doit La Mascotte, Gillette de Narbonne, Miss Helyett et La Poupée, de Robert Planquette (1848-1903), dont seules ont survécu Les Cloches de Corneville, et de leur aîné Charles Lecocq (1832-1918), dont La Fille de Madame Angot, Le Petit Duc, Les Cent Vierges, Giroflé-Girofla ou La Petite Mariée ont fait la fortune des théâtres.

Produisant des œuvres de divertissement dans les années ayant suivi la défaite de Sedan, ils étaient conscients que le public repoussait -désormais l’esprit de dérision tenu pour responsable de la victoire de la Prusse sur une France trop encline à se moquer d’elle-même, de ses valeurs et de son passé. Le coupable désigné, Offenbach, adoucira sa plume en ajoutant une touche sentimentale (La Jolie Parfumeuse, Madame Favart, La Fille du tambour-major) et embourgeoisera ses ouvrages d’avant-guerre : ainsi le décapant Orphée aux Enfers de 1858 reparaîtra en féerie en 1874. Même Hervé, dont Passiflor et Cactus, « opéra grotesque », avait été qualifié, en 1851, de « logogriphe vivant qu’il ne faut pas chercher à analyser, mais qui ferait rire un -quaker », devra son dernier succès à la charmante Mam’zelle Nitouche (1883), si peu représentative de son génie déjanté.

Ainsi, dans les années 1870-1880, tandis que les ouvrages à dénouement tragique présentés sur la scène de l’Opéra-Comique (Carmen, Les Contes d’Hoffmann, Lakmé, Manon) tendent vers l’opéra, l’opérette s’empare, pour s’en moquer, des sujets historiques que le « grand opéra », à bout de souffle, délaisse au profit des récits légendaires. Et elle n’hésite pas se parer du titre d’« opéra-comique » dès lors que ses qualités d’écriture le permettent. Tel est le cas, entre autres, des Mousquetaires au couvent, comme de La Fille de Madame Angot, des Cloches de Corneville ou de La Fille du tambour-major, du moins si l’on s’en réfère à la page de titre gravée plutôt qu’à la catégorie dans laquelle ils sont le plus souvent rangés.

Enfant de la balle

Dans le cas des Mousquetaires, l’ambiguïté est sensible dès l’origine. Pour Le Ménestrel comme pour Le Gaulois, il s’agit d’une « opérette en trois actes », pour Le Petit Journal, Les Annales du théâtre et de la musique et Le Figaro, d’un « opéra-comique en trois actes » (comme il sera écrit sur la partition alors inédite), tandis que Le Journal des Débats ne tranche pas : « Le livret, écrit dans le goût non de l’opérette, mais de l’ancien -opéra-comique, est assez amusant ; il faut dire autant de la musique qui est agréable, mélodique et point bruyante, sans avoir rien d’original. »

La nature même du sujet explique la référence à « l’ancien opéra-comique », s’agissant d’une adaptation, par Paul Ferrier et Jules Prével, d’un vieux succès de 1835, L’Habit ne fait pas le moine, « comédie-vaudeville » de Paul Duport et Amable Villain de Saint-Hilaire. Quant à l’appréciation de la musique, la réserve évidente du critique tient au fait que Louis Varney n’était guère connu que comme « un jeune chef d’orchestre tourmenté par la mouche de la composition » (selon Édouard Noël dans Les Annales), fils d’Alphonse Varney qui venait de mourir et dont il semblait suivre la trace.

Varney père (1811-1879), formé par Reicha au Conservatoire, avait écrit des romances, une poignée de levers de rideau en un acte et des musiques pour les drames de Dumas, représentés sur la scène du Théâtre-Historique, de 1847 à 1850. Une seule page lui a survécu : Mourir pour la patrie (« Chœur des Girondins » d’après Rouget de Lisle), reprise à chaque guerre et maintes fois enregistrée dès 1908. C’est peu, mais sa carrière fut essentiellement celle d’un chef d’orchestre. D’abord à Gand, puis à La Nouvelle-Orléans, où Louis devait naître en 1844. Enfin, après avoir secondé Offenbach aux Bouffes-Parisiens, de 1857 à 1865, Alphonse Varney finit sa carrière à Bordeaux, où il dirigea le Grand-Théâtre, le Conservatoire et les Concerts populaires.

Louis Varney a donc grandi dans l’atmosphère électrique des répétitions, des créations, des succès et des fours. Son père devait posséder des dispositions pédagogiques, car il n’eut pas besoin d’autre maître pour apprendre à écrire avec correction et à déployer autant d’invention que le permettait ce genre léger qu’il semble avoir cultivé exclusivement. S’exerçant sur divers instruments, Louis suivit la voie paternelle en dirigeant les spectacles de l’Athénée-Comique, tout en composant des chansons pour des revues. Il signor Pulcinella, pour l’Athénée-Comique, en 1876, puis Les Amoureux de Boulotte, aux Folies-Marigny, en 1879, attirèrent sur lui l’attention des directeurs et de la critique, plutôt méprisante désormais pour ce répertoire. Ainsi, dans Les Annales, Édouard Noël distinguera très tôt les qualités qui s’affirmeront dans Les Mousquetaires au couvent : « La musique se recommande par des mélodies faciles, sans prétention et par une certaine recherche d’accompagnement qui n’est pas banale. »