Reportage

La Belle Hélène au Châtelet

Pierrick Sorin devant les maquettes du décor. © MARIE-NOËLE ROBERT
Pierrick Sorin devant les maquettes du décor. © MARIE-NOËLE ROBERT

À partir du 2 juin, pour clore en beauté une saison 2014-2015 jalonnée de triomphes, Jean-Luc Choplin propose La Belle Hélène, l’un des chefs-d’œuvre d’Offenbach les plus appréciés du public. Sur le papier, tous les ingrédients du succès sont réunis : le duo Pierrick Sorin/Giorgio Barberio Corsetti pour la partie visuelle, un chef riche de promesses, et une distribution de haut vol. Du 4 au 6 mai, Mehdi Mahdavi a suivi pour Opéra Magazine les premières répétitions, ainsi que le travail dans les ateliers de costumes et d’accessoires.

Le dispositif, ou bien plutôt le « procédé d’écriture » mis au point par Pierrick Sorin, au cours de la saison 2006-2007, pour La pietra del paragone de Rossini, repris dans Pop’pea, avatar pop-rock du dernier « dramma per musica » de Monteverdi, c’est assurément Jean-Luc Choplin, le directeur général du Châtelet, auquel le vidéaste et plasticien français doit d’ailleurs son baptême lyrique, qui le décrit de la façon la plus concise, et la plus percutante : « Un système à la fois très savant et très bricolé. Une boîte bleue, nue, des maquettes, des chanteurs, des accessoires et des costumes. »

Première étape, donc, de notre exploration des coulisses de cette nouvelle production de La Belle Hélène, d’autant plus attendue qu’elle succède au spectacle réjouissant né, en 2000, de la rencontre entre le tandem Marc Minkowski/Laurent Pelly et Felicity Lott : les ateliers de costumes et d’accessoires, situés sous les combles du théâtre. Tandis qu’une couturière ajuste le plissé réalisé, comme il se doit, par la vénérable maison Lognon, Valérie Mahjoubi, chef de l’atelier couture, donne forme aux croquis d’Angela Buscemi – reflets fidèles et colorés des idées de Cristian Taraborrelli –, en passant directement en volume sur un mannequin aux mesures de l’interprète d’Hélène.

Habiller la plus belle femme du monde

Quel plus beau cadeau, en vérité, que de devoir habiller – et déshabiller, qui sait… – la plus belle femme du monde ? « J’aime les silhouettes bien dessinées, s’enthousiasme Cristian Taraborrelli, souligner les formes en mettant des corsets sous les tuniques. Je me suis beaucoup inspiré du cinéma des années 1950, du monde de Cinecittà, mais toujours avec une certaine idée de la Grèce antique en filigrane. Le troisième acte, qui se déroule à la plage, nous a permis d’oser davantage avec les costumes de bain. Ménélas portera par exemple une cuirasse, mais qui mettra seulement en évidence les muscles de son ventre. Quant aux cuirasses des deux Ajax, elles sont en réalité des imprimés. Comme une manière d’ironiser sur ces rois, qui passent leur temps à ne parler que d’eux-mêmes ! » Pudeur – facilement excusable – d’un chanteur oblige, la séance d’essayage à laquelle nous espérions assister se tiendra finalement à huis clos.

En nous frayant un chemin entre quelques robes de Singin’ in the Rain abandonnées sur un portant, nous accédons par un couloir étroit à un espace plus exigu encore que le précédent. Au milieu de l’atelier des accessoires, un cygne trône en majesté. Sans doute est-ce là le volatile altier sous le plumage immaculé duquel Jupiter séduisit Léda, et lui donna deux enfants : Pollux, qui s’en fut aux Enfers se substituer à son demi-frère, le mortel Castor, et Hélène, qui, à force de faire « quelque bruit dans le monde », finit par déclencher la guerre de Troie… Un cygne donc, sa tête du moins, emmanchée d’un long cou, résultat de quinze jours de travail, qu’une aile doit compléter afin de parfaire l’illusion, lorsque le revêtira le comédien-acrobate chargé de l’animer. À l’exception, certes notable, de ce bel oiseau, l’atelier paraît bien vide, comme déserté par l’effervescence que l’on s’attendait à y voir régner. C’est que l’essentiel – les fameuses maquettes – a déjà été transporté au Cent Quatre, dans le 19e arrondissement de Paris.

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