Rencontres

Saimir Pirgu

Le 1er mai, le ténor d’origine albanaise, surtout connu dans Mozart, Donizetti et Verdi, s’aventure hors de son territoire de prédilection pour la création au Covent Garden du chef-d’œuvre opératique de Karol Szymanowski.

Saimir Pirgu.
Saimir Pirgu. © SIMON SKINA

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Le Roi Roger (Varsovie, 1926) diffère radicalement de votre répertoire habituel…

Carrément ! Quand j’ai vu que le Royal Opera House le programmait, le titre m’a attiré. Ayant étudié le violon, je connaissais le Concerto de Szymanowski. J’ai regardé la partition du Roi Roger et j’ai dit à mon agent de prendre contact avec le Covent Garden. D’emblée, j’ai compris que c’était une opportunité de montrer une autre facette de moi-même au public londonien, après Rinuccio dans Gianni Schicchi, pour mes débuts in loco, en 2007, Alfredo Germont et le Duc de Mantoue. En plus, l’œuvre est passionnante, et l’équipe artistique particulièrement stimulante.

Avez-vous rencontré des difficultés dans l’apprentissage du rôle du Berger ?

Sur le plan de la tessiture, non. Elle me semble « normale » et je ne comprends pas pourquoi on veut absolument la trouver extrêmement aiguë. Si elle le paraît, c’est uniquement parce que tous les autres personnages s’expriment dans des tessitures plus basses ! Et aussi parce que Szymanowski, de manière fort intelligente, impose le silence à tous dès qu’entre le Berger, ce « nouveau dieu » au charisme duquel nul ne résiste, y compris le Roi. Les difficultés sont ailleurs. Le polonais, d’abord, est une langue périlleuse à chanter, car elle joue beaucoup sur les consonnes. Par ailleurs, l’opéra n’est pas facile à mémoriser, tant sur le plan de la musique que du texte. Celui-ci est réellement particulier, avec un dessin très « psychologique », dans le sens où chaque mot ouvre une fenêtre à la perception de l’auditeur. C’est vraiment un livret fascinant, construit autour de thèmes qui devraient parler au public d’aujourd’hui, à commencer par celui de l’émergence de nouvelles religions et de nouveaux dieux.

  • Lire la suite dans Opéra Magazine numéro 105