Rencontres

Raphaël Pichon

Dardanus à Bordeaux et à Versailles

Au Grand-Théâtre, le 18 avril, puis à l’Opéra Royal, le 5 mai, le chef français dirige la « tragédie lyrique » de Rameau dans une nouvelle mise en scène de Michel Fau, après l’avoir abordée en concert et au disque, avec son ensemble Pygmalion.

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© JEAN-BAPTISTE MILLOT

Pourquoi avoir choisi Rameau, et plus précisément Dardanus, pour votre premier opéra avec l’ensemble Pygmalion, d’abord en concert, puis au disque, et maintenant à la scène ?

Ce qui m’a poussé vers Rameau, c’est cet amour que je lui porte depuis l’adolescence. Je chantais alors dans une maîtrise à Versailles, qui se consacrait entièrement à la musique sacrée, et la découverte du théâtre et de la danse, avec Pygmalion, a laissé en moi une empreinte très forte. Quand Anne Blanchard m’a proposé de diriger mon premier opéra au Festival de Beaune 2011, Rameau s’est imposé comme une évidence, ne serait-ce que parce qu’il partage avec Bach l’extrême exigence d’un équilibre entre le cœur et l’intellect, la science et l’affect. De plus, de nombreuses œuvres et versions inexplorées du corpus lyrique de Rameau demeurent encore à découvrir, constat passionnant pour nous autres, jeunes musiciens. Bien que beaucoup de compositeurs aient revisité leurs partitions au cours de leur carrière, le cas de Rameau demeure assez inédit au XVIIIe siècle, en ce qu’il a accepté de remettre en question certains de ses ouvrages dans leur entier. Nous avons ainsi l’opportunité d’explorer un répertoire neuf, tout en nous attaquant d’emblée à sa meilleure musique. De tous les opéras de Rameau, Dardanus est celui qui a connu les plus grandes refontes. Il correspond aussi à un moment charnière de la vie du compositeur, qui n’a rien écrit pendant cinq ans, entre la première (1739) et la seconde (1744) version. J’étais curieux de voir comment cette musique exceptionnelle fonctionnerait au théâtre, même si les ressorts dramatiques proposés n’apportent pas de vraies solutions aux difficultés posées par l’œuvre.

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