Entretien

Sylvie Brunet-Grupposo

À partir du 17 février, la mezzo-soprano française incarne Geneviève dans Pelléas et Mélisande à l’Opéra-Comique, sous la baguette de Louis Langrée et dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig.

Elle sera ensuite au Capitole de Toulouse, à partir du 15 avril, pour la création mondiale de l’opéra de Philippe Hurel, Les Pigeons d’argile.

92_entretien_-_Sylvie_Brunet-GrupposoC’est seulement la saison dernière, à la Monnaie de Bruxelles, que vous avez chanté votre première Geneviève. Il peut sembler étonnant que vous ne l’ayez pas abordée plus tôt…
On ne m’a proposé le rôle que ces dernières années. Bien qu’il ne demande pas d’efforts surdimensionnés, il requiert une certaine maturité vocale. D’autant qu’il faut trouver le rythme et la couleur exacts de la prosodie du texte français.

Comment parvient-on à respecter ce souhait de Debussy, que la « Lettre » soit chantée « simplement et sans nuances » ?
Ce passage n’en comporte pas moins de nombreuses indications dynamiques ! Étant donné le sérieux de la pièce et de la musique, il vaut mieux rester simple et humble, à l’image de Geneviève, et dire seulement le texte.

Qu’attendez-vous du chef d’orchestre et du metteur en scène, lorsque vous reprenez un rôle ?
Je renais à chaque fois que j’arrive sur une nouvelle production. Je suis ouverte à toutes les propositions, qu’elles viennent du chef ou du metteur en scène. C’est ce qui me passionne dans mon métier : apprendre sans cesse, me confronter à de nouvelles lectures, à travers lesquelles je donne ce que je suis. J’ai rencontré Louis Langrée avant même qu’il ne devienne chef, alors que j’étais encore étudiante à ­l’Opéra de Lyon. C’est avec lui que j’ai appris à lire une partition d’orchestre – il s’agissait d’Ariadne auf Naxos ! Puis nous avons fait une tournée avec Iphigénie en Tauride de Gluck, dans une mise en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser… Cette Iphigénie a été mon tout premier rôle. J’ai suivi la carrière de Louis, et lui la mienne. Chanter à nouveau sous sa direction, après toutes ces années, est un grand plaisir, ainsi que l’une des raisons pour lesquelles j’ai accepté de reprendre Geneviève.

Chanter à l’Opéra-Comique revêt-il une signification particulière ?
J’ai vécu dans ce théâtre mes premières grandes émotions, car j’y ai étudié dans la classe de Michel Sénéchal, juste avant que l’École d’Art Lyrique de l’Opéra de Paris ne déménage à la Bastille. C’est aussi sur cette scène que j’ai obtenu le Grand Prix de l’Arop. Mais je n’y avais jamais chanté depuis.

Denise Scharley et Rita Gorr, dont vous vous rapprochez tant, par le répertoire comme par la couleur vocale, vous ont-elles servi de modèles ? Peut-être même avez-vous reçu leurs conseils durant vos études ?
J’aurais rêvé rencontrer Rita Gorr, mais la vie ne l’a malheureusement pas voulu ainsi. Je ne peux pas dire, non plus, que ces grandes artistes aient été des modèles, car j’écoute très peu les autres chanteurs. D’abord parce que je n’en ai pas le temps, et surtout parce que je suis quelqu’un de très intérieur, qui a besoin de trouver les choses en soi. Il n’en est pas moins vrai – et on l’a souvent écrit – qu’il existe, entre le timbre de Rita Gorr et le mien, d’incroyables ressemblances.

Cela tient aussi à votre technique d’émission, à votre façon de projeter les mots…
Je ne m’en rends pas compte. Chanter, pour moi, c’est comme parler, et je ne pense qu’à déclamer le texte ! Je viens d’aborder Gertrude dans l’Hamlet d’Ambroise Thomas, à Bruxelles, juste après avoir repris, à Lyon, la Première Prieure dans Dialogues des Carmélites, qui est un rôle extrêmement grave. Ainsi, il m’a fallu me servir de ma technique pour passer très vite à une tessiture beaucoup plus aiguë.

Changer de registre, vous l’avez fait dès le début de votre carrière, puisque vous avez commencé comme soprano.
Ma voix était naturelle et couvrait quatre octaves, personne ne savait donc dans quelle catégorie me mettre ! Certains disaient que j’étais soprano dramatique, d’autres que j’aurais pu aborder les coloratures de la Reine de la Nuit. Un grand maître, qui était venu à l’École d’Art Lyrique, m’avait même conseillé Pamina… Mais mon premier professeur, Janine Devost, m’avait mise en garde : selon elle, j’étais faite pour Eboli et Amneris, et c’est ce que je pense aussi. Beaucoup de gens considèrent que je suis un « falcon », et avec le plaisir que j’ai pris en chantant Gertrude, il me semble que je peux commencer à les croire. Depuis, j’ai très envie de profiter de toute cette quinte aiguë !