En coulisse

Saint-Etienne, fidèle aux raretés

Du 17 au 21 mai, l’Opéra Théâtre affiche La Princesse de Trébizonde, un Offenbach de la maturité très rarement donné. Après Le Mage, en début de saison, dans le cadre de la « Biennale Massenet », la maison confirme qu’elle s’inscrit pleinement dans la tradition initiée par Jean-Louis Pichon dans les années 1980, en ciblant l’exploration du répertoire lyrique français du XIXe siècle et des premières décennies du XXe. Vincent Bergeot, directeur général et artistique depuis un an, nous explique pourquoi.

84_en_coulisse_-_st_etienne

Avant votre nomination définitive au poste de directeur général et artistique, l’Opéra Théâtre de Saint-Étienne a connu une période troublée…
Oui, mais aujourd’hui, les esprits sont apaisés. J’ai assuré l’intérim de la direction générale après le départ de Daniel Bizeray, en 2011 ; il m’a fallu, entre autres, assurer la programmation 2012-2013, dans des délais très courts. Pendant cette année de transition, j’occupais également le poste de directeur adjoint, qui était principalement administratif, et veillais aux différents équilibres entre les gens de la maison et entre les différentes activités dans une période sensible.

C’était sans doute une lourde tâche, dans une institution qui est l’héritière d’une Maison de la Culture !
Il est vrai que nos activités ne se limitent pas à l’opéra, au ballet et aux concerts symphoniques, puisque nous avons aussi une programmation théâtrale. En outre, nous menons des actions importantes envers les scolaires, en liaison avec l’Éducation ­nationale, leur offrant de la musique, de la danse… Plus de 22 000 jeunes assistent aux spectacles de notre saison « Jeune Public » chaque année !

De quelles forces propres disposez-vous ?
Nous avons la chance d’avoir un Orchestre et un Chœur à demeure ; leurs membres sont des intermittents, mais certains sont là depuis plus de vingt ans. Le noyau de ­l’Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire est composé de quarante-huit musiciens recrutés sur concours, auxquels se joignent des supplémentaires selon les ouvrages joués, et le Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire fidélise une soixantaine d’artistes. Laurent Campellone est toujours notre directeur musical, en contrat à durée indéterminée ; à ce titre, il dirigera au moins sept concerts symphoniques par an et trois opéras. Jean-Louis Pichon, de 1983 à 2009, a transformé une Maison de la Culture en Opéra Théâtre, avec des ateliers de décors et de costumes employant une quinzaine de personnes en permanence. En réorientant les ambitions de la maison vers le lyrique, il a donné une nouvelle dimension à une tradition vieille de cent cinquante ans à Saint-Étienne.

Aujourd’hui, vous sentez-vous rassuré, y compris du point de vue budgétaire ?
Mon mandat est de trois ans ; la maison est placée sous le régime d’une régie municipale directe, et les conditions d’emploi sont celles de tous les agents de la fonction publique. J’ai eu des assurances concernant le budget que nous alloue la Ville, notre principal financeur, ce qui garantit une certaine stabilité ; il ne faut pas oublier qu’une programmation lyrique doit être établie plusieurs saisons à l’avance. Mais nous souffrons aujourd’hui des fragilités conjoncturelles des autres financements publics, comme le département, la Région, ou l’État. Nous sommes donc un peu dans l’incertitude, même si nous avons le privilège d’être adossés à une municipalité : nous sommes fermement soutenus par le maire de Saint-Étienne, Maurice Vincent, et son adjointe à la Culture, Françoise Gourbeyre.

Parlons donc chiffres : quel est votre budget ?
Nous disposons d’un budget de huit millions et demi d’euros ; un million est fourni par la billetterie, 200 000 viennent de l’État, 100 000 de la Région Rhône-Alpes, 500 000 du département de la Loire. D’autres ­ressources proviennent de locations de spectacles ou de coproductions. Le reste nous est donné par la Ville.

Quel est votre rythme de croisière ?
Il est de cinq productions par an, dont trois en coproduction ; notre atout est de rentrer dans ces coproductions avec nos ateliers, nos menuisiers, nos couturières, qui sont reconnus et recherchés.