Entretien

Natalie Dessay

La soprano n’a certes plus aucun projet d’opéra sur son agenda d’ici la fin de cette saison. Mais cela ne signifie nullement qu’elle s’arrête de chanter. En compagnie de Michel Legrand, Philippe Cassard, Agnès Jaoui ou Laurent Naouri, elle va enchaîner récitals et concerts jusqu’au mois de juin, avec différentes étapes en France : Théâtre des Bouffes du Nord le 19 mai, Théâtre Impérial de Compiègne le 22 mai, Salle Gaveau le 27 mai… De plus, elle ne s’interdit pas, si l’envie lui en prend, de revenir un jour sur une scène lyrique. Bref, les adieux, ce n’est pas pour demain !

90_entretien_-_natalie_dessayVous étiez hier à Nancy (1), pour l’un des concerts que vous donnez avec Michel Legrand ; vous habituez-vous au rythme des tournées ?
Ce n’est pas très fatigant. La France est un pays dans lequel les distances sont relativement courtes et faciles à couvrir ; en trois heures, vous allez de Paris à Marseille. Et ces concerts sont bien moins éprouvants physiquement qu’un opéra, où l’on affronte le travail intensif des répétitions et la tension des représentations. J’ai un peu peur avant de rentrer en scène, mais après, ce n’est que du plaisir.

Votre agenda pour les mois qui viennent est impressionnant !
Michel et moi devons aller au Canada, trois soirs à Québec, deux à Montréal, un à Toronto et à Ottawa ; ensuite, retour en Europe, à Londres. En mars, je retrouverai New York et le Carnegie Hall, avec Philippe Cassard au piano, pour une soirée de mélodies françaises et ­allemandes : Clara Schumann, Brahms, Duparc, Fauré, Poulenc… Je dois donner des concerts avec Laurent Naouri, mon mari, et le pianiste Maciej Pikulski, d’autres avec la mezzo-soprano Stella Grigorian et Shani Diluka au piano, avec notamment des duos de Fauré et Poulenc.

Ce qui dément la rumeur selon laquelle vous faites vos adieux au chant… Comment est-elle née ?
Je crois qu’elle est venue d’un journaliste que j’ai rencontré à San Francisco ; j’étais sans doute fatiguée, j’ai dû lui dire que j’en avais assez, que je m’arrêtais. Mais comme je ne suis pas toujours en phase avec mon époque, je n’ai pas pensé un instant qu’à l’heure d’Internet, de Facebook, des réseaux sociaux, la moindre parole se transmettait à la vitesse grand V et faisait le tour du monde en quelques minutes !

Vous orientez donc différemment votre carrière, sans pour autant dire un adieu définitif à l’opéra.
Effectivement ; j’ai d’ailleurs encore quelques Marie de La Fille du régiment qui m’attendent. Je ne m’interdis rien, mais ce qui est certain, c’est que je n’enchaînerai plus les productions comme je le faisais. Si on me propose un beau spectacle, avec une distribution de choix et un metteur en scène qui m’intéresse, bien sûr que j’accepterai ! Mais je suis quelqu’un qui arrive dès le début des répétitions et pas la veille de la générale, ce qui veut dire qu’entre ce moment et la fin des représentations, je suis mobilisée pendant plus de deux mois. C’est énorme, c’est un stress auquel je ne veux plus être exposée. Et je souhaite, aujourd’hui, explorer d’autres chemins, même si je sais que jouer au théâtre va également générer du stress.

Comment l’idée de chanter avec Michel Legrand vous est-elle venue ?
J’en avais envie depuis longtemps. J’ai commencé toute petite à aller au cinéma, et le Peau d’âne de Jacques Demy fait partie des premiers films que j’ai vus et qui m’ont marquée durablement. J’ai été fascinée par l’univers du conte, par la beauté de Catherine Deneuve, et par la musique ; je me souviens encore de l’effet qu’elle m’a fait.

Et comment cette envie s’est-elle concrétisée ?
Lorsque Laurent Pelly m’a proposé une « Carte blanche » au Théâtre National de Toulouse, c’est la première chose qui m’est venue à l’esprit et que je lui ai dite, mais un peu comme une boutade ; il m’a aussitôt répondu : « C’est trop génial ! » et a sauté sur l’occasion. J’ai rencontré Michel pour lui demander son accord, choisir une vingtaine de chansons, réunir les partitions. Nous avons donc préparé un spectacle que Laurent a mis en scène et que nous avons donné deux fois, en 2009, accompagnés par un big band, quelques cordes, une harpe et un piano. Nous souhaitions organiser une tournée mais, avec un tel effectif, c’était trop compliqué. Nous avons finalement opté pour une formule plus intimiste, avec Michel au piano, et nous avons débuté dans quelques festivals, Gordes, Monpazier, Sisteron…

C’était une expérience nouvelle pour vous, qui n’aviez jamais chanté avec un micro.
Oui, et il a fallu que je m’habitue aussi à une place vocale différente puisque, dans ce répertoire, je chante deux octaves plus bas. Mais j’aime bien utiliser ma voix de poitrine, et j’ai éprouvé un grand plaisir à apprivoiser le micro ; par son intermédiaire, je me sens plus proche des mots, j’ai vraiment la sensation de raconter une histoire et j’ai l’impression d’être dans une plus grande intimité avec le public.