Rencontres

Maria José Siri

Le 19 février, la soprano uruguayenne chante Pagliacci, face au premier Canio de Marcelo Alvarez, avant de retrouver, en mai, Amelia d’Un ballo in maschera, à la Monnaie de Bruxelles, dans une nouvelle production de La Fura dels Baus.

103_-_RENCONTRE_-_Maria_Jose_SiriPour vos débuts à l’Opéra de Monte-Carlo, vous retrouvez Nedda. Un rôle plus léger que ceux que vous chantez d’ordinaire, non ?
Je ne crois pas que Nedda soit un rôle si léger. Il y faut un vrai soprano lyrique, capable d’assumer tous les aspects d’un personnage essentiellement dramatique. Et quand l’orchestre se lâche, croyez-moi, une voix à la fois large et centrale est nécessaire pour s’imposer !

Comment faire, avec un imaginaire créatif aussi singulier que le vôtre, pour ne pas vous répéter d’une production à l’autre ?
Je ne crois pas que Nedda soit un rôle si léger. Il y faut un vrai soprano lyrique, capable d’assumer tous les aspects d’un personnage essentiellement dramatique. Et quand l’orchestre se lâche, croyez-moi, une voix à la fois large et centrale est nécessaire pour s’imposer !

Vous venez d’aborder le rôle d’Amelia dans Un ballo in maschera à Bologne, et le retrouverez à Bruxelles, en mai. Quels sentiments vous inspire-t-il ?
Amelia me séduit beaucoup. Elle a la même élégance que Leonora d’Il trovatore, avec le pathos de Desdemona. Par rapport aux autres personnages d’Un ballo in maschera, elle a la particularité de ne jamais changer. De son arrivée chez Ulrica, avec ce chant plein d’angoisse, au grand ensemble final, Amelia reste elle-même : une femme douce, honnête, toute de loyauté, avec un ancrage dans le réel qui me touche. De plus, c’est une mère, et je trouve à la fois intéressante et subtile la manière dont Verdi a introduit cette facette du personnage, dans sa « Prière » de l’acte III. Celle-ci y gagne une couleur très particulière…

En dix années de carrière, vous vous êtes produite sur les plus grandes scènes dans des répertoires variés, mais essentiellement en italien, si l’on excepte Micaëla et Rachel dans La Juive
Je n’ai pas exactement dix années de carrière. J’ai effectivement débuté en 2005, au Teatro Colon de Buenos Aires, mais je me suis un peu interrompue ensuite, et n’ai vraiment repris qu’en 2008. J’aime beaucoup Rachel, c’est une héroïne magnifique, mais le rôle de mes rêves reste Thaïs. J’adore Massenet, je trouve son langage musical exquis, raffiné, un peu comme la langue ­française. Si Verdi reste le compositeur qui raconte merveilleusement des histoires, et Puccini l’homme des passions, Massenet est celui qui vous emmène dans un monde de rêve, meilleur que le nôtre. J’ai découvert Thaïs à travers l’interprétation de Renée Fleming, une sorte d’idéal pour moi, en raison de son originalité profonde. C’est une cantatrice qui a le courage d’affirmer sa personnalité artistique et de la mettre au service de l’émotion.

Justement, avez-vous des modèles dans les chanteuses du passé ?
Je suis particulière sur ce plan. Je n’ai pas de culture discographique et j’écoute très peu d’opéra. Je dois en avoir dix disques à la maison, pas plus. Il y a, évidemment, des chanteuses que j’admire : Renée Fleming, je vous l’ai dit, Ileana Cotrubas, qui a été mon professeur à Nice, Raina Kabaivanska, avec laquelle j’ai travaillé plusieurs rôles. J’éprouve aussi une grande admiration pour Teresa Stratas, une véritable bête de scène. J’ai regardé sa Nedda en DVD et je trouve fascinante la manière dont elle joue de son corps, dont elle rend expressif le moindre petit geste.

Pensez-vous aborder un jour l’opéra allemand ?
Dans dix ans, peut-être… Je suis encore loin d’avoir passé les étapes nécessaires pour aborder ce répertoire, d’avoir acquis la profondeur indispensable à la mélodie « infinie » de Wagner. Pour l’instant, je m’en tiens à l’opéra italien.

Mais vous avez également chanté Eugène Onéguine
Tatiana m’a procuré beaucoup de bonheur. Mais, quand vous n’êtes pas russe, ce répertoire exige de vous un énorme travail d’appropriation de la musique et de la langue. Il m’a fallu deux ans pour y parvenir !

Que faites-vous quand vous ne chantez pas ?

Dans le peu de temps libre qu’il me reste, je m’occupe de ma fille. Je fais de la gym, je soigne mes rosiers – j’en ai quatorze sur ma terrasse, à Vérone ! J’écoute aussi d’autres musiques, je joue du piano, j’improvise, je compose de petites chansons pour ma fille. J’aime aussi partir dans la campagne, pour profiter de la nature…

Quand vous verra-t-on à Paris ?
Je serais très heureuse de chanter à Paris, que je connais bien pour y avoir travaillé avec Martine Surais. Je suis sûre que cela se fera un jour !